La promotion des exportations hors hydrocarbures passe inéluctablement par la levée de certaines contraintes qui perdurent encore sur le terrain. Il s’agit en grande partie des matières premières, de l’investissement dans la logistique et de la mise à disposition des industriels d’un fonds d’appui aux exportations pour conquérir des parts sur les marchés internationaux, en particulier en Afrique.
Par Nadia B.
C’est ce que Moncef Bouderba, vice-président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) et président de l’Association des céramistes algériens, a souligné hier lors de son passage sur les ondes de la radio nationale « Chaîne III ».
Il a en effet livré une analyse approfondie de la situation de l’industrie nationale et plus particulièrement de la filière céramique, considérée comme l’un des secteurs porteurs de la diversification économique.
«Depuis 2023, notre association a engagé des opérations d’exportation vers l’Afrique, et les résultats confirment que la qualité du produit algérien est compétitive au niveau international», a-t-il affirmé.
Selon lui, la filière céramique s’est hissée à un niveau de référence mondiale grâce aux normes ISO obtenues par de nombreuses entreprises, condition sine qua non pour accéder aux marchés extérieurs.
Il a ainsi cité comme exemple le secteur du BTPH, où l’Algérie est désormais capable de construire une « maison 100 % algérienne », entièrement équipée de matériaux locaux – ciment, fer, céramique, électroménager – un modèle reproductible et exportable pour répondre aux besoins de logement en Afrique.
L’intervenant a également insisté sur la nécessité de garantir l’approvisionnement en matières premières, saluant au passage la décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a ordonné de libérer et de faciliter la tâche d’importation des intrants industriels aux opérateurs économiques. «On ne peut pas faire tourner nos usines si l’accès aux intrants est restreint. C’est une aberration économique», a t-il dénoncé.
Il a rappelé que les limitations imposées à partir de juillet dernier ont gravement impacté la production, en particulier dans le secteur céramique, très dépendant des intrants minéraux et énergétiques.
Dans ce cadre, Moncef Bouderba a appelé à une application rapide de la décision du président de la République ayant demandé la levée de ces restrictions pour soutenir la relance industrielle et sécuriser l’activité des producteurs.
Par ailleurs, indique-t-il, la compétitivité ne peut être atteinte sans une réforme urgente du transport et de la logistique. «Comment prétendre exporter des millions de tonnes de céramique, de ciment ou de fer avec un seul avion cargo et une flotte maritime contrôlée à 70 % par des étrangers ?», s’est-il interrogé.
Il a plaidé dans ce cadre pour la mise en place d’un plan national de transport multimodal (maritime, ferroviaire, terrestre et aérien) adapté aux besoins de chaque filière, l’affrètement de navires et avions dédiés aux exportateurs et l’ouverture du secteur aux investisseurs algériens, étrangers et à la diaspora pour renforcer les capacités nationales.
Une bataille africaine à gagner
«La céramique, par exemple, est plus adaptée au transport terrestre ou ferroviaire, tandis que le ciment doit passer par voie maritime et le pharmaceutique par avion. Une stratégie de spécialisation logistique est indispensable», a-t-il expliqué.
Pour Bouderba, l’Afrique représente un marché colossal, estimé à 700 milliards de dollars de besoins annuels. L’Algérie peut capter entre 10 et 15 % de ce marché, soit entre 70 et 100 milliards de dollars, à condition de déployer une diplomatie économique offensive et d’accompagner les entreprises sur le terrain.
«Nos concurrents égyptiens et tunisiens sont déjà présents partout en Afrique. Ils disposent de bureaux, de filiales et d’un soutien bancaire solide. Nous avons un produit de meilleure qualité et des coûts de production plus compétitifs grâce à notre énergie, mais nous devons rattraper ce retard», a-t-il souligné.
Pour franchir ce cap, Bouderba a insisté sur la nécessité de stabiliser le cadre juridique, de dépénaliser l’acte de gestion pour libérer l’initiative et surtout de mettre en place un fonds d’appui aux exportations doté de 500 millions à 1 milliard de dollars par an pour accompagner les industriels algériens.
«Les exportateurs doivent bénéficier d’un appui financier solide, à l’image de ce qui se fait en Tunisie, en Égypte ou en Afrique du Sud. L’entreprise algérienne veut grandir, investir, transférer des technologies et créer des emplois. Ce n’est pas la volonté qui manque, mais les outils d’accompagnement», a-t-il conclu.
N. B.







