C’est en 1980 que l’Algérie recouvrait à 100% sa souveraineté sur les richesses pétrolières du pays. La reprise en main de la production en 1971 après le départ des cadres et techniciens français le fut par de jeunes ingénieurs algériens sortis des instituts algériens ou formés à l’étranger. Détails.
Par Khaled Remouche
La nationalisation des hydrocarbures décidée par feu Houari Boumediène, chef de l’Etat de 1965 à 1978, a été arrêtée après près d’une décennie d’efforts pour gommer la mainmise des compagnies françaises sur le pétrole algérien.
Un document de Sonatrach que nous livrons en exclusivité à nos lecteurs montre que cette mesure révolutionnaire a été la suite logique d’une lutte âpre bien avant notre indépendance pour recouvrer notre souveraineté sur les richesses pétrolières et gazières de notre pays.
« Consciente du rôle que doivent jouer les hydrocarbures dans notre pays, l’Algérie a décidé de prendre en main ce secteur bien avant l’indépendance. C’est ainsi que les accords d’Evian prévoyaient la mise en place de l’Organisme saharien dont la tâche essentielle était de proposer des solutions aux questions pétrolières et de veiller au développement de l’infrastructure saharienne. Mais le code pétrolier spécialement remanié avant juillet 1962 offrait pratiquement le monopole sur le pétrole algérien aux compagnies françaises. Il leur accordait au détriment du trésor algérien des avantages fiscaux importants tels qu’un système d’amortissement permettant une récupération des capitaux dans des délais très courts et le paiement en francs et non en dollars du brut algérien destiné à la France. En outre, pour les sociétés françaises ayant leur siège à Paris, les opérations continuaient à s’effectuer en France si bien que les exportations pétrolières qui représentaient 60% des exportations globales du pays passaient inaperçues dans la balance algérienne des paiements », lit-on dans ce document datant de 1996.
Les autorités algériennes à l’indépendance du pays étaient bien décidées à prendre en main le secteur pétrolier en Algérie. Ce recouvrement de la souveraineté sur les richesses du pays s’est effectué par étapes. Parmi les principales décisions prises avant la mesure historique de 1971 figure en premier la création de Sonatrach le 31 décembre 1963 dont la première expérience fut la réalisation de l’oléoduc Haoudh El Hamra-Arzew.
En 1966, les compétences de Sonatrach s’étendront du transport des hydrocarbures et de la commercialisation du gaz à toutes les autres phases de l’industrie pétrolière et gazière.
Comme la France considérait le gaz comme une matière première secondaire contrairement aux autorités algériennes, un nouveau régime d’association obtenu après de rudes négociations permettait à l’Algérie de prendre livraison au départ champ de toute la quantité de gaz qu’elle désire et de participer via Sonatrach en coopération avec les techniciens et les capitaux étrangers dans les périmètres pétroliers.
Suivant les accords de 1965, toujours après de négociations serrées, elle a obtenu un droit opérationnel de 50 % sur un domaine minier de 180 000 kilomètres carrés. Elle se voit accorder le droit d’opérateur à 100 % dans un domaine minier de 50 000 kilomètres carrés.
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Etape importante : Sonatrach créera par la suite deux sociétés sous forme de joint-venture avec des compagnies étrangères, Alfor et Algeo, pour l’exécution des opérations de géophysique et de forage.
Sonatrach a alors contribué à la découverte de plusieurs gisements : Tin Fouye Tabankort, El Borma et Haoudh Berkaoui et Djoua-Ouest qui totalisent des réserves de 260 à 300 millions de tonnes.
Nationalisation de SHELL et MOBIL en 1970
Les mesures annoncées le 24 février 1971 avaient été précédées par les décisions suivantes prises par l’Etat algérien : acquisition par Sonatrach du réseau de distribution de BP (début 1967) ; transfert des intérêts des sociétés ESSO STANDARD et ESSO saharienne ; transfert à Sonatrach, en matière de raffinage et de distribution des hydrocarbures, des intérêts de MOBIL et des sociétés filiales de cette société américaine (août 1967) ; transfert des intérêts détenus par Electricité et Gaz d’Algérie au sein de la société SOTHRA (décembre 1967) ; octroi à Sonatrach du monopole de la distribution des produits pétroliers en mai 1968 ; Sonatrach titulaire des titres de recherche de SINCLAIR en 1970 ; nationalisation des sociétés SOFRAPEL, AMIPHILIPS et PETROLEUM CO en juin 1970 ainsi que tous les intérêts de SHELL, de CREPS, CPA, SRA et TRAPSA ; nationalisation de MOBIL OIL en novembre 1970 ; transfert à Sonatrach des intérêts nationalisés des sociétés du groupe Mobil (décembre 1970).
Nationalisation des intérêts de 12 sociétés françaises en 1971
A cette époque, des négociations furent ouvertes avec la partie française pour réviser les accords de 1965 et donc aller vers la récupération des intérêts français dans le secteur pétrolier. Mais cette dernière ne cessait de temporiser tout en tablant sur l’appui des multinationales.
C’est alors que furent prises le 24 février 1971 les décisions suivantes : la nationalisation partielle des sociétés concessionnaires françaises de telle sorte que l’Etat contrôle 51% des capitaux et assure le contrôle au sein des sociétés pétrolières où les intérêts étrangers possédaient la totalité.
De ce fait, sont nationalisés et transférés à Sonatrach 51% des biens, droits et intérêts de toute nature détenus par toute personne physique et morale dans les concessions d’hydrocarbures qui composent en Algérie les patrimoines des sociétés suivantes : Compagnie française des pétroles, PETROPAR, Société nationale des Pétroles d’Aquitaine, COPAREX, OMNIREX, EURAFREP, FRANCAREP…
Pour le gaz naturel, il fut décidé la nationalisation de tous les intérêts miniers portant sur les gisements de gaz. Il fut également décidé la nationalisation de tous les intérêts des sociétés étrangères activant dans le transport par canalisations.
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Les sociétés françaises ont retiré alors l’ensemble de leurs cadres et techniciens des centres de production. De jeunes ingénieurs à l’époque, à l’instar d’Abdelmadjid Attar et Nordine Ait Laoussine, ont repris dans des conditions très difficiles la production.
Les activités de Sonatrach ont repris sans le personnel français mais sous la supervision de cadres algériens sortis des instituts algériens ou formés à l’étranger.
En 1980, Sonatrach récupérait 100% des intérêts dans les sociétés françaises. L’Algérie récupérait à cette date sa souveraineté totale sur ses richesses pétrolières et gazières.
K. R.







