L’Algérie entre dans une nouvelle ère énergétique. En 2026, plusieurs dizaines de centrales solaires lancées dès 2024 passent en phase commerciale, marquant une rupture nette avec un modèle électrique historiquement dominé par le gaz naturel. C’est le constat que dresse la plateforme spécialisée «Attaqa» (Washington) dans son rapport «L’énergie solaire en Algérie s’attend à une reprise en 2026».
Par K. Boukhalfa
En effet, au-delà du simple verdissement du réseau électrique, ces projets poursuivent un double objectif stratégique : consolider la sécurité énergétique nationale et ouvrir la voie à une future filière d’hydrogène vert à l’export, inscrivant ainsi l’Algérie au cœur de la dynamique énergétique régionale et mondiale.
L’ambition affichée est à la mesure des enjeux : 15 000 MW d’énergies renouvelables d’ici 2035, en s’appuyant sur l’un des gisements solaires les plus généreux au monde, celui du Sud algérien et des hauts plateaux.
D’ailleurs, selon les estimations de la plateforme spécialisée basée à Washington, l’année 2026 constituera un véritable tournant, avec l’entrée progressive en service de ces centrales et une contribution accrue de l’électricité propre au réseau national.
La première phase du programme national porte sur 3000 MW, répartis entre quinze centrales solaires et cinq projets complémentaires du volet «Solar 1000». Avec des puissances unitaires allant de 80 à 220 MW, ces infrastructures couvrent douze wilayas : Béchar, Laghouat, Biskra, El Oued, Touggourt, El M’Ghaïer et Ouled Djellal.
Ainsi, plusieurs sites concentrent des enjeux économiques et industriels significatifs. À Biskra, la centrale de Ghrous — 220 MW, 400 hectares, 379.000 panneaux photovoltaïques — soutiendra la demande du Sud-Est tout en gé- nérant près de 610 emplois directs et indirects. À Tendla (El M’Ghaïer), la centrale de 200 MW incarne le démarrage concret du programme solaire national.
Plus au nord, à Hassi Delaâ (Laghouat) et El Oued, des projets de 362 MW et 300 MW portés respectivement par des groupes turc et chinois témoignent de l’attractivité croissante du secteur auprès des investisseurs internationaux. Dans les wilayas d’Ouled Djellal et Touggourt, des centrales de 80 MW et 150 MW renforcent la diversification régionale et l’optimisation de l’usage du gaz.
À Béchar enfin, la centrale de l’Abadla (80 MW) contribuera à réduire les émissions de CO₂ d’1,3 million de tonnes par an, tout en créant 400 emplois locaux, ce qui souligne l’impact environnemental et économique de la transition énergétique algérienne.
L’impact macroéconomique de ce déploiement est considérable. La mise en service simultanée de 3000 MW solaires en 2026 devrait permettre selon «Attaqa» d’économiser plus de 4 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an — des volumes qui pourront être redirigés vers l’export ou les industries de transformation, générant des recettes supplémentaires pour l’État.
4 milliards de m³ de gaz libérés, une manne stratégique
Dans ce contexte, le positionnement de l’Algérie sur la scène énergétique régionale se renforce. En décembre 2025, le projet de «Couloir de l’hydrogène du Sud», impliquant l’Algérie, la Tunisie et plusieurs partenaires européens, a été inscrit parmi les priorités de la Commission européenne — une reconnaissance explicite du rôle que peut jouer l’énergie solaire algérienne comme source d’hydrogène propre à destination du Vieux Continent.
Renforcement du parc électrique, économies substantielles de gaz, réduction des émissions carbone, création d’emplois et rayonnement régional : l’année 2026 s’annonce comme un véritable point d’inflexion pour la transition énergétique algérienne.
En conjuguant ambition industrielle, durabilité environnementale et souveraineté énergétique, l’Algérie affirme sa volonté de devenir un acteur incontournable de la nouvelle géographie de l’énergie propre.
K. B.







