La facture d’importation des aliments du bétail reste élevée. L’une des solutions pour l’Algérie consiste à produire des fourrages ou des aliments alternatifs, tels que le triticale et l’avoine, afin de remplacer le soja et le maïs dont dépendent actuellement les éleveurs nationaux pour nourrir leur cheptel et leur volaille.
Par Khaled Remouche
L’Algérie reste dépendante de l’étranger pour l’approvisionnement en vaccins contre les maladies touchant les cheptels bovin et ovin ainsi que la volaille. Pour réduire la mortalité des poules en particulier, le groupe Bellat — leader dans la transformation des viandes — envisage de produire des vaccins localement.
C’est ce qu’a indiqué son directeur général, Mourad Mellah, lors de son intervention au forum Focus Élevage, organisé dans le cadre du salon Sipsa Filaha 2026. M. Mellah a rappelé que le Soudan fabrique ces vaccins depuis des décennies et que l’Algérie pourrait grandement profiter de cette expérience.
Selon lui, pour développer son agriculture, le pays ne doit pas hésiter à s’inspirer des réussites internationales en matière d’élevage et de production agricole.
Le problème du « gros poulet » et l’informel dans la filière avicole
L’orateur a également pointé du doigt une problématique culturelle : la tendance des consommateurs algériens à privilégier les gros poulets (de 2 kilogrammes et plus) lors de leurs achats. Or, cette demande pose un véritable problème aux éleveurs, car la filière enregistre un taux de mortalité très élevé chez cette catégorie de volaille.
Pour y remédier, il préconise la consommation de poulets pesant entre 1,2 et 1,5 kilogramme. Aziz Benchaiba, président de la Fédération nationale de la filière avicole, a abondé dans le même sens, tout en reconnaissant que le secteur souffre d’un manque d’organisation.
En effet, la grande majorité des aviculteurs activent dans l’informel. Pour y faire face, la Fédération a demandé aux pouvoirs publics d’attribuer un simple certificat à ces éleveurs afin de faciliter leur intégration dans le circuit formel.
Cette mesure permettrait d’assurer la traçabilité et une meilleure qualité du produit, avant l’octroi définitif de la carte de fellah qui leur ouvrira droit aux subventions de l’État. Malgré ces défis, le président de la fédération a souligné les progrès techniques de la filière : l’indice de consommation est passé de 2 kg à 1,6 kg d’aliments pour produire un kilogramme de viande blanche.
Selon lui, la filière pourrait même exporter de la viande blanche et des œufs, à condition que les pouvoirs publics accompagnent durablement le développement de cette activité.
Intégration et alternatives fourragères pour la filière bovine
De son côté, Zoubir Hamoud, éleveur à la tête d’un cheptel de 400 vaches laitières à Constantine, a déploré le manque de synergie entre les différents acteurs de la filière laitière (producteurs de lait, producteurs de fourrages et transformateurs).
Pâtissant de cette dispersion, cet éleveur a été contraint de produire son propre fourrage. M. Hamoud a rappelé que la dépendance des éleveurs algériens vis-à-vis du maïs et du soja importés est critique, ces intrants représentant 70 % du coût de la viande produite en Algérie.
La solution pour réduire cette lourde facture d’importation et abaisser le prix de la viande réside dans les fourrages alternatifs, à l’image du triticale et de l’avoine. L’éleveur cultive d’ailleurs le triticale dans son exploitation avec des résultats très positifs : «Le coût de cet aliment est nettement inférieur à celui du maïs et du soja, qui ne peuvent pas être produits efficacement en Algérie en raison d’un coût de revient trop élevé».
Cette transition vers des cultures locales apparaît comme l’une des voies royales pour réduire la facture d’importation et rendre les viandes rouges et blanches plus abordables pour le consommateur. L’éleveur a conclu en rappelant le défi quotidien du secteur : pour être rentable en Algérie, une vache laitière doit produire au moins 23 litres de lait par jour.
En guise de conclusion, un expert agricole présent au forum a souligné que le marché des fourrages en Algérie demeure largement dominé par l’informel, affirmant qu’il est désormais urgent de l’intégrer dans les circuits officiels.
K. R.







