Depuis au moins trois décennies que la perspective nous est promise, elle a tôt fait de ressembler à une espèce d’antienne, un vœu pieu auquel plus grand-monde ne croît réellement. Promouvoir une économie hors hydrocarbures, productive et compétitive à l’international, demeure, en effet, à l’état de discours politique, en dépit d’un certain volontarisme des autorités gouvernementales, en termes de mesures d’encouragement et de facilitations, fiscales, administratives et législatives, notamment, en faveur des investisseurs nationaux, mais aussi étrangers.
Hakim O.
Des avantages relativement importants, allant de stimulants financiers (des bonifications sur les taux d’intérêt pour les crédits octroyés par les banques, entre autres), à ceux fiscaux (des exonérations sur les droits de douane et la TVA frappant les importations ainsi que sur les droits de mutation concernant les acquisitions immobilières, etc.), en passant par des avantages de concession et de cessions foncières…
Hélas, la tyrannie de la rente énergétique aidant, ce sont autant de généreuses aides qui ont profité à toutes autres ambitions que celles de développement économique du pays. Nombre d’hommes d’affaires et autres affairistes indélicats ont en détourné la vocation à des fins d’enrichissements personnels, sinon au mieux ce seront des aides insuffisantes et/ou inadéquates.
Du moins, aux yeux d’exportateurs nationaux, dont ceux, notamment, regroupés au sein de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), qui, il ya quelques années, ont fait état de la persistance d’entraves à leurs activités, entre autres, celles touchant aux procédures douanières, les délais jugés trop longs de contrôle de certaines marchandises, des dispositions de la réglementation des changes dissuasives, etc.
Résultats des courses : dix ou quinze ans après, tout un arsenal de mesures censées être en faveur de l’exportation hors hydrocarbures, le compte n’y est toujours pas, loin s’en faut. Rien que pour l’année en cours, en effet, et selon les données de la Direction générale des Douanes, les hydrocarbures ont constitué 92,40% des exportations algériennes, durant le premier semestre de l’année, contre quelque 7,5% représentant les exportations hors hydrocarbures…
Pour l’année précédente, quasiment, c’est la même configuration, puisque les exportations des hydrocarbures ont représenté rien moins que 93%, contre à peine 7;24% pour les exportations hors hydrocarbures.
Qu’à cela ne tienne, le gouvernement d’Abdelaziz Djerrad ne semble pas découragé pour autant, s’engageant même à «encourager les exportations hors hydrocarbures, à travers la prise de toutes les mesures à même d’aplanir les entraves et restrictions bureaucratiques, et à accorder toutes les facilitations nécessaires au profit des entreprises productrices et exportatrices», a-t-il promis, samedi 12 septembre, dans une allocution, lue par le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Aïssa Bekkaï, à l’ouverture du colloque national sur «l’exportation dans le secteur des travaux publics». Un défi qui, rappelons-le, avait été lancé, par le chef de l’Etat, qui, lors de la dernière conférence nationale sur le plan de relance, avait appelé à ce qu’à partir de 2022, la dépendance aux hydrocarbures soit réduite à au moins 80%, et à ce que les exportations hors hydrocarbures augmentent à 5 milliards de dollars contre les 2 milliards actuellement.
Ce challenge sera-t-il remporté, surtout si l’on constate le délai particulièrement court que s’est donné le président de la République, ou verra-t-on, une fois encore, la «malédiction du pétrole» gagner la partie ? Une chose est certaine en tous cas, le redressement de l’économie nationale est plus que jamais une question de vie ou de mort pour le devenir de la nation. C’est que, peut-être, contrairement aux 20 années précédentes, la situation socio-économique du pays n’a jamais été aussi menaçante depuis 1986, subissant de plein fouet le reflux tendanciel, désormais, du prix du brut, conjugué à une récession de l’économie mondiale pour cause, en partie, de la crise sanitaire.
H. O.