À Saharidj, le Gîte Lalla Khedidja est bien plus qu’une étape pour les randonneurs. Porté par la vision de Djamel Khaber, enfant des cimes et gardien passionné, ce refuge est devenu le symbole d’un tourisme de montagne conscient. Entre préservation écologique et revitalisation économique, Djamel tisse chaque jour un lien vivant entre l’héritage des ancêtres et les aspirations de la jeunesse. Rencontre avec l’homme qui fait rayonner le massif par-delà les frontières.
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Eco Times : Djamel, on dit souvent que votre gîte est bien plus qu’un refuge technique. Comment définissez-vous votre lien avec ces sommets ?
Djamel Khaber : Pour moi, ce n’est pas qu’une affaire d’hébergement, ni encore moins un commerce comme on peut bien l’imaginer. C’est un acte de foi envers mon terroir. Je suis un enfant de ces montagnes, et ce gîte est le fruit d’une persévérance pour contrer l’exode qui a longtemps affaibli nos villages.
Je me vois comme une sentinelle, oui, car je protège cette terre sacrée tout en ouvrant une fenêtre sur sa splendeur pour le monde entier.
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Vous utilisez les réseaux sociaux comme une vitrine moderne pour Saharidj. Est-ce là votre secret pour faire rayonner la région ?
Absolument. C’est une fenêtre ouverte sur nos sentiers. Mais mon rôle est de faire en sorte que cette visibilité reste respectueuse. On ne vient pas ici seulement pour la beauté du paysage, mais pour comprendre l’âme du Djurdjura. Grâce à cette communication, nous avons réussi le pari de toucher des gens bien au-delà de nos frontières locales.
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Vous vous décrivez comme une « sentinelle » de l’environnement. Comment gérez-vous la fragilité de cet écosystème face aux visiteurs ?
C’est un équilibre de chaque instant. Ma connaissance du massif me permet de guider les marcheurs vers une pratique consciente. Ici, la nature est souveraine mais fragile. En transmettant cette conscience, je veille à ce que l’activité humaine ne dénature pas ce que nous avons reçu en héritage. C’est un tourisme de respect, pas de consommation.
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Quel impact ce projet a-t-il concrètement sur l’économie locale en général et sur les villages voisins ?
Le gîte redonne une vitalité inespérée à la région. En valorisant nos sentiers, nous recréons une dynamique qui préserve l’économie du village. C’est une manière de prouver aux nouvelles générations que la montagne peut offrir un avenir et une liberté, ici-même, sur la terre de nos ancêtres.
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Ce projet, vous le portez à bout de bras. Quel regard portez-vous sur l’accompagnement dont bénéficie le tourisme de montagne aujourd’hui ?
Je tiens d’abord à remercier sincèrement les autorités locales et de wilaya pour leur écoute et leur soutien dans cette aventure. Cependant, pour que ce renouveau soit durable, nous appelons à une prise en charge encore plus ambitieuse du tourisme de montagne, particulièrement dans la commune de Saharidj.
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Ce secteur est un poumon économique vital car il préserve l’économie du village et freine l’exode. Nous avons besoin d’infrastructures et d’une vision intégrée pour transformer notre potentiel naturel en un levier de développement majeur.
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Quel est le moment où vous ressentez le plus la réussite de votre mission ?
C’est au crépuscule, quand l’ombre du sommet s’étire sur la vallée. Une sérénité profonde s’installe alors sur la terrasse. Dans la clarté des nuits étoilées, sous le regard du Djurdjura, je comprends que ce refuge est devenu ce qu’il devait être : un trait d’union vivant entre hier et demain.
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En guise de dernier mot, quelle est la philosophie qui guide votre action quotidienne au sommet de ces montagnes ?
Le Djurdjura ne nous appartient pas, nous lui appartenons. Nous ne sommes que les dépositaires éphémères de cette grandeur millénaire. Mon rôle, au-delà de la gestion d’un gîte, est de veiller à ce que la flamme de notre identité ne s’éteigne pas sous le souffle du modernisme aveugle.
Je veux m’assurer que ce trait d’union sacré, tissé entre la sagesse de nos ancêtres et les rêves de nos enfants, reste un chemin solide, une voie tracée dans la pierre que l’oubli ne pourra jamais effacer. Ici, chaque sentier est une mémoire, et chaque accueil est une promesse d’avenir.
L. K.







