Au cours de ces dernières années, plusieurs analyses inhérentes à l’économie et à la société algériennes se sont focalisées, de façon singulière, sur la donne démographique qui semble prendre une dimension majeure dans les réflexions et débats sur le développement économique et les horizons d’une population de 48 millions d’habitants dont la tranche de moins de 60 ans représente 89,5 % selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS). La part de la population en âge d’activité (15 à 59 ans) représente 59,2% de l’ensemble de la population du pays. Le taux d’accroissement naturel est estimé à 1,52%.
Par Amar Nait Messaoud
Dans plusieurs de ses interventions, le président de la République a insisté sur la nécessité de développer des politiques publiques efficaces et pertinentes en direction de la jeunesse, celle d’aujourd’hui qui arrive sur le marché du travail, et celle qui le fera dans une décennie, sachant que la tranche de jeunes de moins de 14 ans représente, à elle seule, 30,4 % de la population totale du pays.
Autant dire un poids important dans la balance démographique qui est censé se traduire en poids économique se déclinant en postes de travail et en entreprises à créer et en infrastructures et équipements publics à développer.
Dans cette tranche de jeunes, près de 15 millions sont sur les bancs de l’école (enseignement général, avec ses trois paliers ; formation professionnelle et Université). C’est l’équivalent de la population totale de certains pays.
À cela s’ajoute une autre donne qui pèse d’un poids écrasant sur la politique économique du pays, celui du nombre d’étudiants sortant diplômés chaque année de l’enseignement supérieur (licences et masters confondus), lequel est évalué à plus de 300 000 diplômés.
Le poids de la démographie, joint à une demande toujours plus exigeante en matière de cadre de vie général et de développement, pèsera imparablement sur les politiques publiques et les grands choix économiques et sociaux du pays.
L’on constate donc que, malgré une légère tendance au vieillissement de la population, la proportion de la frange de la jeunesse continuera à prédominer d’un poids écrasant, pour plusieurs années encore, dans la structure de la population algérienne.
Sur le plan de la stratégie économique du pays, tous les efforts de la collectivité sont supposés tendre vers la garantie d’un avenir meilleur pour les jeunes générations. Cela étant un principe non seulement moral, mais aussi un principe relevant de la logique de la continuité générationnelle qui fonde la permanence d’une entité humaine et d’une société.
Si la jeunesse algérienne avait, durant plusieurs décennies, subi les illusions d’une distribution de la rente, laquelle avait fait beaucoup de mal à tout le pays, les choses semblent évoluer aujourd’hui. En effet, l’étouffement de l’ancien modèle économique, bâti sur la seule rente pétrolière, a “secoué”, non seulement les décideurs politiques, mais, en réalité, toute la société.
Le tableau a même acquis plus de netteté à la lumière des grands enjeux économiques mondiaux charriés par les grandes tensions géostratégiques et les changements climatiques.
La conviction est aujourd’hui acquise que la jeunesse est vraiment au centre de l’alternative nationale, celle par laquelle le sursaut, dans tous les domaines, non seulement est possible, mais nécessaire.
Cette prise de conscience, désormais ancrée dans les esprits, ne relève plus du simple discours de circonstance, mais d’un impératif de survie économique.
Les pré-requis d’un sursaut salutaire
Face à l’épuisement des anciens mécanismes de redistribution, la jeunesse algérienne opère progressivement sa mue, passant de simple consommatrice, dans un mode économique de tout-importation, à celui de maîtresse de son destin dans une perspective économique faite de diversification et d’innovation.
Cette transition est nourrie par plusieurs dynamiques, dont, primo, l’émergence de l’esprit entrepreneurial : longtemps attirés par la sécurité relative de l’emploi public, les jeunes diplômés se tournent massivement vers la création de start-up et de micro-entreprises.
Ce foisonnement technologique et industriel commence à dessiner les contours d’un tissu économique diversifié, capable de substituer la production nationale aux importations ; secundo, le défi de la transition écologique et de la sécurité alimentaire : l’on enregistre aujourd’hui, sur le terrain, un nouveau déploiement du corps technique constitué par de jeunes diplômés où, face aux changements climatiques qui se confirment chaque année davantage, une nouvelle génération d’agriculteurs et d’ingénieurs investit les zones arides et les Hauts-Plateaux.
En intégrant le numérique et l’économie circulaire, ils s’arriment à la modernité autour d’enjeux vitaux que sont la sécurité alimentaire et le développement durable ; tertio, la jeunesse investit aujourd’hui massivement le domaine du numérique, ce dernier étant regardé comme clef des métiers d’avenir et de la nouvelle économie, mais aussi comme enjeu géopolitique qui fait intervenir le cyberespace et l’intelligence artificielle.
Les jeunes diplômés s’emploient à s’approprier ces nouveaux outils pour pouvoir s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.
Il est établi que, pour que cette transition aboutisse et que la dynamique acquière un caractère de durabilité, la consolidation se réalise et se renforce dans les passerelles jetées entre l’université et l’entreprise.
De même, les pouvoirs publics sont appelés à assurer un climat administratif adéquat, dégagé de ses anciennes lourdeurs, et à offrir à cette énergie créative un écosystème financier à la hauteur de ses ambitions.
A. N. M.

