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Face à l’accélération du déclin de la production mondiale de pétrole et de gaz : Nécessité d’investir 540 milliards de dollars/an

Face à l’accélération du déclin de la production mondiale de pétrole et de gaz : Nécessité d’investir 540 milliards de dollars/an

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a tiré la sonnette d’alarme, mettant en garde contre l’accélération du déclin de la production des champs pétroliers et gaziers dans le monde, un phénomène qui menace l’équilibre des marchés et la sécurité énergétique mondiale.

Par Nadia B/Agence

Son dernier rapport, consulté par l’Unité de recherche sur l’énergie (Attaqa), basée à Washington, s’appuie sur des données relatives à près de 15 000 champs de production. Il révèle que, sans investissements dans les gisements existants, le monde pourrait perdre chaque année l’équivalent de la production combinée du Brésil et de la Norvège, soit plus de 5,5 millions de barils de pétrole par jour.

Dans le secteur gazier, la perte annuelle pourrait atteindre 270 milliards de m³, soit la production actuelle de tout le continent africain. Selon le rapport, maintenir la production aux niveaux actuels jusqu’en 2050 nécessiterait d’ajouter 45 millions de barils/jour de pétrole et près de 2 000 milliards de m³ de gaz issus de nouveaux projets.

Pour atteindre cet objectif, il faudrait dépenser plus de 540 milliards de dollars par an en exploration et production. Paradoxalement, l’AIE avait indiqué il y a quatre ans que l’arrêt des investissements dans le pétrole et le gaz constituait une condition essentielle pour atteindre les objectifs climatiques.

Elle prévoit en outre que la demande mondiale de pétrole continuera de croître jusqu’à un pic de 105,6 millions de barils/jour en 2029, avant de se replier légèrement à 105,5 millions en 2030. L’AIE fait aussi l’objet de critiques de l’administration du président américain Donald Trump, qui lui reproche son inté- rêt croissant, ces dernières années, pour les politiques liées à l’énergie propre.

Des taux de déclin variables selon les champs et les régions

Le rapport de l’AIE, publié mardi 16 septembre 2025, souligne que les taux de déclin des champs pétroliers et gaziers varient selon leur type et leur localisation.

En 2000, les champs pétroliers conventionnels représentaient 97 % de la production mondiale, mais cette part a chuté à 77 % en 2024 en raison du boom des gisements non conventionnels.

Dans le gaz, environ 70 % de la production mondiale, évaluée à 4 300 milliards de m³, provient de champs conventionnels, tandis que le gaz de schiste américain en représente la majorité du reste. Le rapport indique que, après leur pic, la production mondiale dé- cline en moyenne de 5,6 % par an pour le pétrole conventionnel et de 6,8 % pour le gaz conventionnel.

Ce rythme dépend du type de gisement : les champs géants reculent de 2,7 % par an, contre plus de 11,6 % pour les petits gisements. Les champs terrestres baissent de 4,2 %, tandis que les champs offshore en eaux profondes chutent de 10,3 %. Sur le plan régional, le MoyenOrient enregistre le taux de déclin après pic le plus bas au monde (1,8 %) grâce à ses immenses gisements conventionnels.

À l’inverse, l’Europe, où dominent les champs offshore, affiche le taux le plus élevé (9,7 %), selon l’Unité de recherche sur l’énergie. Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a précisé que, depuis 2019, environ 90 % des investissements amont visaient à compenser le déclin des champs en production, tandis qu’une faible part seulement était destinée à répondre à la croissance de la demande en développant de nouveaux gisements.

Il estime que l’accélération du déclin oblige l’industrie à redoubler d’efforts pour maintenir la production, avec des répercussions sur l’équilibre des marchés, la sécurité énergétique et les émissions.

Alerte sur l’insuffisance des investissements

Les prévisions tablent sur 570 milliards de dollars d’investissements dans l’amont pétrolier et gazier en 2025, ce qui pourrait permettre une légère hausse de la production. Mais, selon l’AIE, un arrêt total des investissements entraînerait une baisse de 8 % par an de la production pétrolière mondiale au cours de la prochaine dé- cennie, et une chute moyenne de 9 % pour le gaz naturel.

Le rythme actuel du déclin naturel est plus marqué qu’en 2010, reflétant la dépendance accrue aux ressources non conventionnelles et l’essor des champs offshore en eaux profondes.

En 2010, l’arrêt des investissements aurait réduit l’offre de pétrole de 4 millions de barils/jour chaque année ; aujourd’hui, la perte atteint 5,5 millions. Dans le gaz, le déclin annuel est passé de 180 milliards de m³ à 270 milliards.

Les gisements non conventionnels présentent des chutes plus brutales : la production de pétrole et de gaz de schiste peut s’effondrer de plus de 35 % en un an sans investissements, puis perdre encore 15 % l’année suivante. Sans financement, les économies avancées pourraient voir leur production baisser de 65 % en dix ans, tandis que la Russie et le Moyen-Orient, dotés de champs géants conventionnels, seraient relativement moins exposés (–45 %).

D’après l’AIE, même avec les investissements dans les champs conventionnels, les ressources non conventionnelles et les projets en cours, un déficit persiste, qu’il faudra combler par de nouveaux développements.

Elle évalue à 230 milliards de barils de pétrole et 40 000 milliards de m³ de gaz les ressources encore inexploitées, principalement au Moyen-Orient, en Eurasie et en Afrique.

Leur mise en valeur pourrait ajouter 28 millions de barils/jour et 1 300 milliards de m³ de gaz d’ici 2050. Même ainsi, il resterait un écart nécessitant chaque année de nouvelles découvertes équivalant à 10 milliards de barils de pétrole et environ 1 000 milliards de m³ de gaz.

Le défi est que chaque projet exige en moyenne deux décennies, depuis l’octroi des licences d’exploration jusqu’à la production. Ces dernières années, la plupart des autorisations ont concerné des extensions de champs existants (près des deux tiers), plus de 70 % étant liées à des gisements offshore.

En résumé, l’Agence internationale de l’énergie alerte sur l’accélération du déclin de la production mondiale de pétrole et de gaz. Pour maintenir les niveaux actuels jusqu’en 2050, il faudrait ajouter 45 millions de barils/jour et 2 000 milliards de m³ issus de nouveaux champs, avec des investissements annuels dépassant 540 milliards de dollars.

N. A.

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