Les pouvoirs publics ont lancé ces dernières années plusieurs plans de construction, tant dans le domaine de l’habitat que dans celui de l’aménagement des villes nouvelles, cependant l’orientation de cet effort colossal pose la problématique de son orientation, estiment bien des spécialistes.
Par Lyazid Khaber
D’abord, il y a la question de l’occupation de l’espace, et la nécessité de prévenir les risques majeurs, sachant que la majeure partie de la population est concentrée dans les régions du nord du pays qui, faut-il le rappeler, présentent de gros risques de catastrophes naturelles. De là s’impose l’interrogation sur la nécessité ou pas de réorienter cet effort d’investissement pour, d’abord une gestion rationnel de l’espace répondant au temps au besoin sociétal que celui d’un développement durable loin des risques et des calamités.
L’Algérie est l’un des pays méditerranéens qui présentent des risques majeurs de toute nature (séismes, inondations, incendies, sécheresse, risques technologiques), qui menacent inéluctablement la sécurité et la santé des populations ainsi que les biens matériels et naturels du pays. De là apparaît, donc, la nécessité de revoir les schémas d’aménagement, lesquels doivent allier le besoin en construction, et l’assurance du bien-être des populations. Cela s’ajoute, évidemment, à l’impératif de la prise en ligne de compte des objectifs de développement durable à travers toutes les régions du pays. Sur ce, Ammara Bekkouche, a dans une étude sous le thème: «Construction in hazard zones : the example of la Calère at Oran, Algeria» (Construire en zone à risques, le cas de la Calère à Oran), estimait que «l’acte de construire a de tout temps comporté des risques dont la responsabilité partagée a donné lieu à l’élaboration de normes soumises à une réglementation spécifique aux dangers mis en cause.»
Adapter les investissements de l’Etat aux besoins de développement durables
Les pouvoirs publics, à travers la mise en œuvre du Schéma national de l’aménagement du territoire (Snat), lequel constitue un instrument stratégique d’aménagement du territoire, ont en effet pris le soin de tracer les grandes lignes de cette stratégie, mais il reste encore des insuffisances, puisque les nouvelles construction réalisées ces dernières années, si elles répondent aux normes établies, notamment en ce qui concerne le volet antisismique, le problème de la densification, et par là la répartition des espaces, demeure posé.
Pourtant, le pays offre un vaste espace pour la création de nouvelles villes. Certains posent le problème des aménagements «coûteux» et des commodités à créer. Certes, du point de vue économique, le coût doit être pris en considération, mais si l’on cherche un peu dans le détail, on comprendra que l’Etat a déjà consentis des investissements colossaux qui auraient pu être orientés vers le développement de ces commodités et des infrastructures d’accompagnement, tout en stimulant un développement accru des zone jusque-là laissée en jachère à l’intérieur du pays.
Ceci dit, comme l’explique si bien l’experte en construction, Hassina Hammache, que nous avons interrogé, «l’adaptation des investissements de l’Etat aux besoins et aux exigences de développement durables est plus qu’une nécessité». Reconnaissant par-là les efforts de l’Etat en matière de réalisation suivant les normes, notre interlocutrice insiste toutefois sur le besoin de prendre en considération les conclusions des différentes études et autres enquêtes faites en Algérie, et qui, à chaque fois, incitent à répondre aux déséquilibres de localisation de la population et des activités dans le territoire, car il y a réellement un déséquilibre (voir encadré).
Les enjeux de «good governance»
C’est pour cela qu’en plus du Schéma directeur (Snat), l’Etat a mis en place des structures de réflexion, de soutien aux groupements associatifs et d’offres de formations spécialisées, pour arriver à optimiser la gestion de l’espace et avoir une idée claire sur chaque zone, afin d’éviter les risques dus aux catastrophes urbaines prévisible.
Ainsi, et au registre de la réflexion, le Conseil National Economique et Social (CNES) propose à l’étude les points estimés prioritaires pour minimiser les dommages endurés par la société. Cela s’ajoute aux différents conseils locaux chapeautés par le Conseil National du Cadre Bâti (CNCB), pour instaurer une conduite pour la prise en charge des problèmes urbains en général. Ceci dit, et de l’avis des responsables du ministère de l’aménagement du territoire, les changements introduit ont pour objectif d’associer les enjeux de «good governance» au devoir de transparence qui implique une meilleure visibilité dans la répartition des espaces occupés et l’orientation des projets de construction.
Ainsi, pour Ammara Bekkouche, «La ville algérienne, faisant face à d’importantes questions d’expansion et d’administration, s’inscrit dans cette logique pour apporter des solutions à l’état de précarité du cadre bâti et répondre aux besoins en logement.», un avis que partage l’expert Hassina Hammache qui ne va pas jusqu’à suggérer la démolition des villes anciennes, mais qui proposent toutefois que l’on cesse de faire dans la densification, toute en faisant en sorte de «désengorger» les grandes villes, à l’instar d’Alger.
De là, donc, il convient de s’interroger sur les capacités de gestion de ces difficultés, sachant que l’Etat est actuellement en mesure de financer de grands projets, mais sans que l’on arrive réellement à mieux structurer cette offre et l’orienter vers le besoin réel de la société, au lieu d’en user comme un réservoir pour s’attirer la sympathie des population, ce qu’on peut inscrire au registre de l’achat de la paix sociale.
L. K.







