L’Algérie fait face à une hausse continue de la consommation énergétique interne. En effet, selon un bilan récent du ministère des Hydrocarbures et des Mines, concernant l’année 2024, environ 74,9 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) ont été consommés, soit une hausse de près de 4 % par rapport à 2023.
Par Akrem R.
Cet accroissement est tiré principalement par la consommation finale, qui occupe une part de 76 %, et une augmentation de 5,1 % de la consommation finale d’énergie pour atteindre 57,0 Mtep, tirée essentiellement par les produits pétroliers (6,4 %), l’électricité (6,4 %), le gaz naturel (3,5 %) et le GPL (2,9 %). Les industries énergétiques contribuent pour 12 %, les pertes pour 6 %, et les usages non énergétiques pour 6 %.
La consommation non énergétique, utilisée surtout comme matière première dans la pétrochimie, a légèrement reculé de 2,5 %, passant à 4,5 Mtep, en raison de la baisse de l’utilisation non énergétique du gaz naturel.
À l’inverse, la consommation des industries énergétiques a progressé de 0,5 %, atteignant 8,8 Mtep, tirée notamment par l’augmentation de l’autoconsommation des unités de raffinage et de séparation du GPL.
Par forme d’énergie, la consommation nationale montre une prédominance du gaz naturel (37 %), suivi de l’électricité (32 %) et des produits pétroliers liquides (23 %). Les pertes énergétiques, quasi stables à 4,6 Mtep, proviennent principalement du réseau électrique (47 %), dont une part importante liée aux pertes de distribution et aux branchements illicites.
Concernant la consommation finale, elle a augmenté à 57 Mtep en 2024 (+5,1 %). Elle a été portée par la hausse de la demande en gaz naturel (+3,5 %), stimulée par la croissance du nombre d’abonnés Sonelgaz et la forte demande des centrales électriques durant l’été, et une hausse de l’électricité de 6,4 %, en raison notamment d’une vague de chaleur exceptionnelle et de l’augmentation du nombre de clients Sonelgaz, et enfin la hausse des produits pétroliers de +6,4 %, dominés par le gasoil (57 %), les GPL (22 %) et l’essence (20 %), avec une forte progression des carburants routiers et du GPL carburant.
Pertes énergétiques : une problématique persistante
Par secteur, la consommation finale est dominée par les ménages et services (45 %), suivis du transport (30 %) et de l’industrie et BTP (25 %). En effet, tous les secteurs affichent une hausse de la demande de +4,2 % pour les ménages et autres (résidentiel, agriculture et tertiaires & autres), +5,5 % pour les transports, et +6,2 % pour l’industrie, reflétant la reprise économique et l’intensification des activités productives, précise le ministère dans son rapport.
La consommation de produits pétroliers a elle aussi grimpé à 19,4 Mtep, sous l’effet de la reprise du trafic routier. Les carburants terrestres, dominés par le gasoil (57 % de la consommation pétrolière), représentent 88 % de la demande nationale en produits pétroliers. Le GPL carburant poursuit sa progression (+4,7 %), encouragé par son prix attractif.
Par ailleurs, si l’Algérie a clôturé l’année 2024 sur un bilan énergétique en progression, porté principalement par une augmentation de la production nationale d’hydrocarbures, avoisinant les 173 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), des quantités importantes estimées à 4,6 Mtep sont perdues, représentant 6,2 % de la consommation nationale.
C’est énorme comme quantité, d’où la nécessité d’investir massivement dans ce domaine pour réduire cette déperdition de l’énergie. La décomposition montre que 47 % concernent l’électricité (transport + distribution), 34 % pour les produits liquides et 19 % pour les produits gazeux.
Selon le même rapport, les pertes électriques progressent légèrement (+2,2 %), notamment en raison des pertes non techniques, dont le piratage du réseau électrique, un phénomène toujours préoccupant.
Des exportations sous pression
Avec près de 400 000 nouveaux abonnés gaz et plus de 430 000 nouveaux abonnés électricité, la demande intérieure ne cesse de croître. Entre climat extrême, urbanisation rapide, motorisation accrue et dynamisme économique, l’Algérie voit sa consommation énergétique augmenter plus vite que sa capacité de substitution ou d’efficience.
Cette situation pose un défi majeur consistant à répondre durablement à la demande croissante tout en préservant les équilibres énergétiques et la capacité d’exportation, vitale pour l’économie nationale.
Par ailleurs, le ministère a fait savoir que la production primaire énergétique est toujours dominée par le gaz naturel. Ce dernier demeure le pilier du mix énergétique algérien. Avec 131,7 Mtep produits en 2024, il représente plus de 70 % de la production primaire.
Le pétrole brut (49,3 Mt), le condensat (4,4 Mt) et le gaz de pétrole liquéfié (21,8 Mt) complètent un tableau énergétique qui reste largement dominé par les hydrocarbures. Les énergies renouvelables, bien qu’en croissance, ne totalisent que 0,34 Mtep, principalement issues du solaire photovoltaïque. Leur contribution reste donc marginale, malgré la volonté affichée des pouvoirs publics de diversifier progressivement le mix énergétique.
Les nouvelles installations photovoltaïques construites dans le Sud permettent toutefois d’enregistrer une croissance régulière de la production solaire.
Dans l’attente de cette transition énergétique, le système électrique est encore largement dépendant du gaz. Plus de 97 % de la production d’électricité en Algérie provient du gaz naturel, d’où la nécessité d’accélérer le programme EnR des 15 000 MW d’ici 2030, afin de réduire la dépendance au gaz et de sécuriser les besoins futurs.
D’ailleurs, cette situation a impacté négativement les exportations d’hydrocarbures, qui ont diminué de 3,6 % comparativement aux réalisations de 2023 pour se situer à 93,5 Mtep, tirées surtout par le GNL (-13,4 %), le condensat (-22,5 %), les GPL (-5,2 %), le gaz naturel (-2,0 %) et le pétrole brut (-0,1 %). À l’inverse, les exportations des produits pétroliers et d’électricité ont augmenté de respectivement (4,4 %) et (12,3 %).
Cette situation s’explique par l’augmentation rapide de la consommation intérieure, qui réduit les volumes disponibles pour le marché international. Cette pression croissante pose un défi majeur pour la stratégie énergétique nationale, qui vise à maintenir des capacités d’exportation stables tout en répondant à une demande interne en expansion constante.
En somme, le bilan énergétique 2024 confirme la vitalité du secteur mais révèle également la nécessité pour l’Algérie d’accélérer ses réformes structurelles pour maîtriser une demande intérieure croissante, renforcer l’efficacité énergétique et développer un mix plus diversifié.
La dépendance au gaz naturel, bien qu’atout stratégique, constitue un défi à long terme au regard des ambitions de transition et de développement durable.
A.R.







