L’Université de Béjaïa, reconnue pour la richesse de ses initiatives et sa capacité de proposition, a accueilli, mardi dernier, un événement inédit : le premier colloque international consacré aux startups en Algérie. Placée sous le thème « Défis et opportunités des startups en Algérie : Tendances, Marché et Écosystème », cette rencontre organisée par la faculté des sciences humaines et sociales en partenariat avec le laboratoire Patrimoine, Communication et Mutations Sociales (LPCMS).
Par Sofiane Idiri
Le choix de cette thématique n’est pas fortuit. Le secteur des startups, encore relativement jeune en Algérie, connaît depuis quelques années une croissance remarquable. Portées par l’innovation et l’esprit entrepreneurial d’une jeunesse dynamique, ces entreprises émergentes s’imposent progressivement comme un levier stratégique du développement économique.
Dans ce contexte, l’Université de Béjaïa, fidèle à sa tradition d’ouverture et d’accompagnement des mutations sociales, a voulu offrir un espace de réflexion et de débat autour de cette dynamique en plein essor.
Ce colloque a été organisé par une équipe jeune et engagée, dirigée par le président du colloque, Dr. Noui Rabah, accompagné du président du comité scientifique, Dr. Smail Idir, et de Dr. Hider Fouzia, épaulés par plusieurs enseignants-chercheurs et doctorants.
Leur objectif commun : créer un cadre académique et scientifique permettant de croiser les regards entre chercheurs, acteurs de terrain et étudiants sur l’avenir des startups en Algérie. La journée a débuté par une série d’allocutions officielles.
Le président du colloque a d’abord souhaité la bienvenue aux participants, avant de céder la parole au directeur du laboratoire LPCMS, qui a rappelé la mission de la recherche universitaire dans l’accompagnement des transformations sociales et économiques.
Enfin, Pr. Soualmia Abderrahmane doyen de la faculté des sciences humaines et sociales a insisté sur l’importance de cette rencontre, déclarant : «Ce colloque est conforme aux recommandations du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui encourage à faire de l’université algérienne un véritable espace d’innovation, de création et de solutions.»
Les travaux se sont ensuite poursuivis tout au long de la matinée avec des conférences plénières animées par des chercheurs, professeurs et docteurs venus de l’Université de Béjaïa, mais aussi d’autres établissements algériens.
Ces interventions ont permis d’esquisser un état des lieux du marché des startups en Algérie, d’identifier les obstacles auxquels elles font face et de mettre en lumière les opportunités offertes par ce secteur en expansion.
Des conférences riches en perspectives sur l’écosystème des startups en Algérie
La matinée du colloque a été marquée par une série de conférences plénières qui ont donné lieu à des débats denses et stimulants. Plusieurs thématiques majeures ont été abordées, permettant d’élargir la réflexion sur la place et le devenir des startups dans le contexte algérien.
L’une des interventions les plus remarquées fut celle du Pr. Boukrif Omar, intitulée «L’écosystème des startups en Algérie : réalité, obstacles et stratégies pour un écosystème compétitif».
Dans sa présentation, le professeur a rappelé que, bien que le secteur des startups soit relativement jeune, l’esprit entrepreneurial en Algérie remonte à une vingtaine d’années.
Selon lui, une étape décisive a été franchie avec la création des maisons de l’entrepreneuriat, qui ont permis d’introduire et de diffuser une véritable culture entrepreneuriale dans le milieu universitaire. Ces structures, généralisées à partir de 2023, jouent aujourd’hui un rôle central dans l’accompagnement des jeunes porteurs de projets.
Le Pr. Boukrif a également souligné la visibilité accrue de l’Algérie sur la scène internationale grâce à sa participation à la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat en 2008, où l’Université de Béjaïa s’est distinguée en décrochant la deuxième place.
Pour lui, «une startup doit être perçue non pas comme une simple entreprise, mais comme un levier de croissance économique, capable de générer de l’emploi et de l’innovation».
Cependant, son analyse ne s’est pas limitée aux acquis. Il a soulevé plusieurs limites structurelles freinant le développement des startups dans le pays. Parmi elles, la question de l’innovation : «C’est au marché de définir ce qui est innovant, et non aux comités administratifs», a-t-il insisté.
Autre contrainte évoquée, la limitation de l’âge d’une startup à huit ans, une norme qui, selon ses recherches, devrait être repensée afin d’élargir les perspectives de croissance des jeunes entreprises.
Enfin, il a posé une interrogation cruciale : «Le système actuel estil réellement capable d’atteindre l’objectif des 20 000 startups et d’aller au-delà ?»
Dans le prolongement de ces réflexions, le Dr. Slimani Hind et le Pr. Abedou Abderrahmane ont présenté une communication intitulée « Understanding entrepreneurial behavior in Algerian startup incubators : a behavioral economics approach ».
Leur intervention s’est intéressée à la transmission des connaissances dans les incubateurs algériens. Ils ont soulevé une série de questions fondamentales : Comment mieux structurer ce transfert de savoirs ? À quel moment doit-il intervenir ? Et sous quelles formes ?
Pour y répondre, ils ont proposé un modèle séquentiel progressif, destiné à accompagner les porteurs de projets à travers plusieurs étapes clés : la gestion du risque, le pilotage du risque et la scalabilité. Ces trois dimensions, selon le Dr. Slimani, sont essentielles pour préparer efficacement les futurs entrepreneurs à affronter les réalités du marché.
Le Pr. Abedou, pour sa part, a présenté les résultats d’une enquête menée avec son groupe de recherche du CREAD sur la formation des incubateurs académiques en Algérie.
L’étude révèle que la majorité de ces structures sont encore récentes, avec 43,75 % ayant entre un et deux ans d’existence, 18,75 % moins d’un an, et 31,25 % entre deux et cinq ans.
Une autre donnée importante concerne la typologie des projets soutenus : près de 68,75 % des incubateurs appuient des startups à forte dimension technologique, tandis que les entreprises d’innovations sociales ne représentent que 6,25 % des projets accompagnés.
Ces résultats, mettent en lumière la jeunesse et la spécialisation du réseau d’incubation en Algérie, tout en soulignant la nécessité d’une diversification des secteurs soutenus afin de mieux répondre aux besoins socio-économiques du pays.
Le président du colloque, Dr. Rabah Noui, n’a pas manqué l’occasion d’évoquer un aspect peu abordé par les autres intervenants : la dynamique des startups en Algérie, les tendances et l’évolution du marché. Il a procédé à un comparatif avec les pays de la région MENA en termes d’orientation sectorielle, soulignant la nécessité de cloner les marchés internationaux.
Il a insisté sur l’importance de diversifier les secteurs d’activité des startups au-delà de la mobilité et du ecommerce, en encourageant leur développement dans des domaines tels que l’edtech, l’agritech, l’énergie et bien d’autres.
Au total, huit communications ont été présentées lors de cette séance matinale. Bien que toutes ne puissent être détaillées dans ces lignes, il convient de souligner la qualité des interventions et la richesse des débats qui ont suivi.
Les échanges entre les conférenciers et les participants ont permis de confronter les expériences, d’identifier les obstacles et de proposer des pistes concrètes pour renforcer l’écosystème des startups en Algérie.
Des ateliers interactifs et une approche pluridisciplinaire
Dans l’après-midi, douze ateliers thématiques ont été organisés en présentiel et à distance, articulés autour de quatre axes principaux.
Ces rencontres ont favorisé des échanges interactifs et constructifs entre intervenants et participants. Elles ont également été marquées par la participation de chercheurs de différentes nationalités, enrichissant ainsi la réflexion collective.
Ces moments de discussion ont constitué une occasion privilégiée pour confronter les expériences, partager les bonnes pratiques et envisager ensemble les perspectives de développement des startups en Algérie.
Comme toute rencontre scientifique d’envergure, ce colloque s’est distingué par des objectifs clairs et spécifiques. Parmi eux, l’alignement avec la politique de la Présidence de la République, qui encourage un rapprochement entre l’université et le monde socio-économique.
Un autre objectif était de faire de l’Université un espace de débat et de réflexion autour de la thématique des startups en Algérie.
Le président du colloque, Dr. Noui Rabah, a souligné à ce propos : «L’un de nos objectifs est d’aborder cette thématique de manière pluridisciplinaire, en adoptant une approche croisée».
Une orientation qui reflète la volonté d’ouvrir le champ académique aux enjeux économiques et sociaux contemporains.
Recommandations pour un écosystème des startups plus dynamique
À l’issue des travaux, les participants au premier colloque international sur les startups en Algérie ont formulé une série de recommandations stratégiques. Parmi celles-ci, plusieurs se distinguent comme essentielles pour renforcer l’écosystème national. La première concerne la mise en place d’une base de données nationale et d’un baromètre des startups.
L’absence de tels outils constitue aujourd’hui un frein majeur à la lisibilité et au suivi du secteur. Des statistiques fiables sont indispensables pour mesurer son évolution et évaluer son impact réel sur l’économie. Autre recommandation : renforcer le lien Université–Entreprise–Startup.
Il s’agit de valoriser les résultats de la recherche scientifique et d’encourager la création de startups issues des laboratoires universitaires, afin de transformer le savoir académique en solutions concrètes pour le marché.
Le colloque a également insisté sur le développement des incubateurs et des pôles d’innovation. Bien que des initiatives existent déjà, leur nombre reste insuffisant pour répondre aux besoins des jeunes porteurs de projets à travers l’ensemble du territoire national.
Une autre priorité est la mise en place d’un cadre réglementaire plus souple et incitatif. Les intervenants ont plaidé pour une simplification des procédures administratives, un accès facilité au financement et un accompagnement fiscal adapté, afin de libérer les énergies entrepreneuriales.
Un axe fondamental a aussi été mis en avant : la diversification sectorielle. Les startups algériennes doivent dépasser la pré- dominance de la mobilité pour investir dans des domaines stratégiques comme l’agriculture intelligente, la santé, l’éducation, la transition énergétique ou le numérique appliqué.
Entre autres, les participants ont appelé à soutenir l’internationalisation des startups algériennes. Leur intégration aux réseaux africains et mondiaux est jugée essentielle pour positionner l’Algérie comme un hub émergent de l’innovation.
Ces recommandations traduisent la volonté des chercheurs et experts de transformer l’écosystème actuel en un cadre plus lisible, inclusif et compétitif.
Ce foisonnement d’idées et de propositions a donné toute sa dimension scientifique et straté- gique à ce colloque, confirmant le rôle central que peut jouer l’Université de Béjaïa dans la réflexion et l’accompagnement des mutations économiques du pays.
S. I.







