Au nombre d’alternatives aux sanctions économiques qu’elle subit depuis le début de la guerre d’Ukraine, la Russie, se cherche des relais logistiques vers l’Afrique et le Moyen-Orient aux fins de réorganiser ses circuits d’exportations.
Par Hakim O.
Ainsi, selon ce que rapporte l’agence Ecofin, la Russie et l’Égypte envisagent la création d’un «hub céréales et énergie» sur le territoire égyptien. Une proposition formulée le jeudi 2 avril par le président Vladimir Poutine lors d’un échange au Kremlin avec le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, précise la même source.
La Russie et l’Égypte ont, en fait, intensifié leurs discussions pour la création de ce hub stratégique sur le sol égyptien. Le Kremlin visant l’Égypte comme plateforme logistique pour redistribuer les ressources russes vers l’Afrique et le Moyen‑Orient.
Un pôle logistique bi‑dimensionnel
Le projet repose sur deux piliers majeurs pour sécuriser les exportations russes tout en répondant aux besoins critiques de l’Égypte. Ainsi, sur le volet céréalier, l’Égypte, premier importateur mondial de blé, a déjà acheté environ 7,6 millions de tonnes de céréales russes cette saison.
Le hub permettrait le stockage et la redistribution de la production russe, tirant profit d’une récolte abondante en Russie pour stabiliser l’offre régionale.
S’agissant du volet énergétique, l’initiative s’inscrit dans une coopération déjà forte, marquée par la construction de la centrale nucléaire d’El‑Dabaa par Rosatom, dont la production de combustible a débuté fin 2025.
Le projet pourrait, par ailleurs, servir de point de stockage pour les produits pétroliers russes, alors que les flux via le pipeline SUMED ont déjà bondi de 150%.
L’annonce, pour rappel, intervient alors que l’économie égyptienne subit les contrecoups des tensions régionales, notamment les perturbations dans le détroit d’Ormuz et en Mer Rouge, qui freinent les approvisionnements en brut du Golfe.
Ce partenariat avec Moscou apparaît pour le Caire comme un levier de résilience, bien qu’il renforce sa dépendance diplomatique vis‑à‑vis du Kremlin.
Impact sur le Canal de Suez
La création de ce hub en Égypte transformerait le Canal de Suez en un centre de redistribution régional, dépassant son rôle traditionnel de simple voie de passage entre l’Europe et l’Asie. Ce projet, par conséquent, s’inscrit dans une stratégie de modernisation de la Zone Économique du Canal de Suez (SCZone), visant à capter davantage de valeur ajoutée.
Ainsi, l’impact majeur réside dans le passage d’une logistique de transit à une logistique de stockage et transformation, et ce, à travers la rupture de charge stratégique : au lieu de transiter directement vers des destinations finales lointaines, les céréales et hydrocarbures russes seraient déchargés, stockés, voire transformés dans la SCZone avant d’être réexportés vers l’Afrique ou le Moyen‑Orient.
Au plan de l’optimisation des routes, en utilisant l’Égypte comme plateforme intermédiaire, la Russie réduit les distances de livraison vers les marchés du Sud, tout en profitant des infrastructures portuaires modernisées du canal qui permettent désormais une gestion des flux 35 % plus importante.
Quant aux retombées économiques pour l’Égypte, le canal est censé diversifier ses sources de revenus après les baisses de recettes liées aux tensions régionales. Ainsi, outre les droits de passage, l’Égypte percevrait des taxes sur le stockage, les services portuaires et les activités industrielles liées au hub.
Par ailleurs, la SCZone a déjà attiré près de 8,3 milliards $ d’investissements sur trois ans pour moderniser ses infrastructures et accueillir ce type de projets d’envergure.
Enjeux géopolitiques
Au plan des enjeux géopolitiques et sécuritaires que charrierait ce partenariat, il renforcerait la présence de Moscou sur l’une des artères les plus critiques du commerce mondial, offrant un levier contre les pressions économiques occidentales.
Et ce, outre que face aux menaces sécuritaires en Mer Rouge, le développement d’un pôle industriel et logistique stable au nord du détroit offre une alternative sécurisée pour la redistribution régionale.
H. O.







