«Le continent africain aurait besoin de plus de 400 milliards de dollars chaque année pour financer son développement», a souligné, le 5 février dernier à Abidjan, capitale ivoirienne, le président de la Banque africaine de développement (BAD), le Mauritanien Sidi Ould Tah, lors du déjeuner annuel organisé par la BAD et réunissant les membres du corps diplomatique accrédités auprès de la République de Côte d’Ivoire.
Par S. Rabia
Lors de cette rencontre qui revêtait un caractère particulier rapporte l’Agence Econfin, le premier responsable de l’institution financière africaine, a reconnu que «les ressources propres du Groupe de la BAD demeurent insuffisantes pour répondre seules à cet enjeu».
Sidi Ould Tah qui a salué dans son discours la forte présente des diplomates et des représentants des organisations internationales à l’événement qui selon lui est une mobilisation traduisant «l’importance du dialogue stratégique avec les partenaires du continent» a qualifié «l’environnement des plus complexes et les plus agités».
Face à cette réalité, indique Ecofin, le président de la Banque Africaine du Développement rappelé les «points cardinaux» de son action en cours de déploiement.
Il s’agit en premier lieu «de la nécessité de mobiliser des financements à grande échelle, en s’appuyant à la fois sur les partenaires traditionnels, le secteur privé et les ressources africaines».
Cette orientation, explique la même source, «s’inscrit dans la continuité de son parcours à la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), où il a développé des relations étroites avec les bailleurs du monde arabe».
À Abidjan, il a clairement affiché son intention d’attirer davantage de capitaux pour renforcer les capacités d’intervention de la BAD, écrit l’Agence qui indique que le deuxième pilier de la vision de Sidi.
Mobiliser des ressources à la hauteur des besoins africains
Ould Tah est la mise en place d’une nouvelle architecture financière africaine. Pour lui, le problème n’est pas tant l’absence de ressources mais dans leur mauvaise allocation. «L’Afrique ne manque pas de ressources», a t-il affirmé. Selon le président de
la BAD, «les actifs sous gestion des fonds souverains, fonds de pension et investisseurs institutionnels africains représenteraient au moins 1 000 milliards de dollars», sont encore largement orientés vers des placements peu productifs pour le développement.
La réforme proposée, affirme la même source, vise à mieux coordonner les institutions financières africaines, souvent fragmentées, autour d’une architecture à trois niveaux — continental, régional et national — dans laquelle la BAD jouerait un rôle de chef d’orchestre.
«Ensemble, nous pourrions mobiliser des ressources conséquentes pour financer le développement de l’Afrique», a soutenu le chef de l’institution financière africaine. Qui a fait savoir que des concertations sont déjà engagées avec les banques de développement, les fonds souverains et, prochainement, les banques centrales.
En effet, «les deux derniers axes de la stratégie présidentielle ciblent directement la transformation structurelle du continent».
L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec un âge médian de 19 ans. Et c’est une donne que le président de la BAD prend avec beaucoup de considération. «Il importe, dit-il, de développer à grande échelle des activités transformatives susceptibles de créer des millions d’emplois».
Ainsi plaide-t-il pour le renforcement des PME, la formalisation progressive de l’économie informelle et une refonte des systèmes éducatifs, avec un accent sur la formation technique et professionnelle.
Cette dynamique doit s’appuyer, selon lui, sur des infrastructures résilientes, capables de soutenir la création de valeur locale, d’élargir la base fiscale des États et d’ancrer durablement la transformation économique.
Le président de la BAD a réaffirmé sa volonté de renforcer les partenariats avec les actionnaires régionaux et non régionaux de l’institution, dans une logique de bénéfice mutuel.
Selon lui, «l’Afrique a besoin d’investir, mais elle a aussi besoin d’offrir des opportunités d’investissement aux secteurs privés de ses partenaires». Il estime que cette approche constitue la clé d’une prospérité partagée et durable.
S. R.


