Face aux bouleversements géopolitiques que connaît actuellement la région du Moyen-Orient, l’Algérie prend ses devants en sécurisant ses stocks en produits pharmaceutiques. Avec une production nationale pharmaceutique couvrant près de 80 % des besoins nationaux, l’Algérie est toutefois dépendante des intrants et matières premières importées principalement de l’Asie.
Par Hakim O.
Une situation qui oblige le gouvernement à prendre des mesures d’anticipation et à se préparer à des scénarios «difficiles», comme une éventuelle perturbation des chaînes d’approvisionnement internationales, «ce qui pourrait affecter la disponibilité des produits pharmaceutiques sur le marché national au cours des prochaines semaines et prochains mois».
À cet effet, «tous les établissements pharmaceutiques concernés sont tenus de suivre, avec la plus grande rigueur et vigilance, toutes les évolutions liées à leurs approvisionnements», lit‑on dans la note du ministère.
En effet, les sociétés pharmaceutiques et les importateurs sont tenus d’informer sans aucun délai les services compétents du ministère de toute difficulté susceptible d’affecter l’exécution de leurs programmes en cours, qu’il s’agisse d’importation ou de distribution de produits finis ou d’intrants nécessaires à la production, « via l’adresse électronique suivante : approvisionnements@miph.gov.dz».
Cette obligation s’inscrit, rappelle le ministère, dans le cadre de l’application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, notamment celles prévues à l’article 162 de la loi n° 25‑17 du 14 décembre 2025 portant loi de finances pour 2026, modifiant les dispositions de l’article 61 de la loi n° 22‑24 du 25 décembre 2022 portant loi de finances pour 2023, lesquelles imposent aux établissements pharmaceutiques.
Les établissements activant dans le domaine pharmaceutique sont appelés à déclarer les stocks de produits pharmaceutiques via la plateforme numérique du ministère ; à assurer la disponibilité des produits conformément aux programmes prévisionnels de fabrication ou d’importation approuvés, et à signaler toute difficulté susceptible d’entraîner le non‑respect de ces programmes, sous peine de l’application des sanctions prévues par l’article susmentionné.
Enfin, le ministère a affirmé dans sa missive qu’il accorde «une importance primordiale au respect strict du contenu de cette note et compte sur l’engagement de l’ensemble des établissements concernés pour en assurer l’application immédiate».
Matières premières : Des projets lancés
En clair, l’Algérie, à travers cette note, veut renforcer sa vigilance pour préserver la disponibilité des produits pharmaceutiques et sécuriser son marché national.
Cette démarche préventive traduit ainsi la volonté des pouvoirs publics d’anticiper les risques, tout en responsabilisant les acteurs du secteur afin de garantir la continuité de l’approvisionnement et la protection de la santé publique.
En outre, le gouvernement a adopté une nouvelle stratégie dans le domaine pharmaceutique en s’orientant vers la production de la matière première et d’autres intrants localement.
Une démarche qui s’inscrit en étroite ligne avec les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui insiste sur une industrie locale intégrée. Des efforts sont en train d’être réalisés sur le terrain, notamment par le groupe public Saidal.
De nombreux projets sont en cours de réalisation par le Groupe pharmaceutique public à travers le pays, notamment à Batna, Médéa et Mostaganem, pour la fabrication de matières premières destinées à la production de médicaments pour le traitement de nombreuses pathologies, notamment l’insuline, l’oncologie, les antibiotiques et les vaccins pour enfants.
Ces produits à forte valeur ajoutée permettront à l’Algérie de répondre aux besoins du marché national, de réduire la facture d’importation et de conquérir des parts de marché à l’étranger, avec l’ambition de devenir un pays leader en Afrique et au Moyen‑Orient dans l’industrie pharmaceutique.
Dans son plan d’action adopté par les hautes autorités du pays, Saidal vise à produire la matière première de 50 produits comme première étape, avant d’élargir à d’autres produits à moyen et long terme.
Selon le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, une fois ces projets pour la production de matières premières opérationnels, la facture d’importation du pays en ces produits se réduira de 60 %.
Des économies à grande échelle seront donc réalisées, notamment dans la balance commerciale du pays, d’autant que les importations de l’Algérie sont actuellement chiffrées à 3 milliards de dollars annuellement, et contribueront à l’émergence d’une véritable industrie pharmaceutique intégrée, performante et surtout compétitive à l’international.
L’Algérie figure, avait déclaré le ministre, parmi les quelques pays ayant opté pour ce type d’investissements à caractère stratégique, visant à assurer localement la disponibilité des matières premières destinées à la fabrication des médicaments, après l’acquisition des technologies de production nécessaires.
«La consécration de la souveraineté sanitaire passe inéluctablement par la production locale de matières premières, une orientation que le secteur s’emploie à concrétiser à travers le groupe Saidal, par le lancement de plusieurs projets stratégiques de fabrication de matières premières destinées notamment à la production de médicaments anticancéreux, d’antibiotiques, de médicaments pour les maladies cardiovasculaires, d’antidiabétiques, d’anti‑inflammatoires, d’hormones, de paracétamol et autres, en sus de projets associant des laboratoires privés disposant de capacités de production significatives», avait‑il dit.
En somme, les pouvoirs publics sont pleinement conscients de la volatilité des marchés mondiaux des produits pharmaceutiques, notamment lors de crises similaires à celle de la pandémie de Covid‑19, d’où la nécessité d’investir dans la production de la matière première afin d’assurer la souveraineté sanitaire du pays.
H. O.







