La réforme de la réglementation de change s’impose. Le régime actuel est jugé restrictif pour l’investissement, d’une manière générale. D’ailleurs, les opérateurs du commerce extérieur, notamment, l’ont depuis longtemps décrié. Ils ont été unanimes à appeler à sa révision et sa réforme afin de le rendre souple, en donnant plus d’attractivité à l’économie nationale.
Akrem R.
C’est, dans ce cadre, que le gouvernement a déjà préparé un projet d’amendement de la réglementation des changes. Il a sera soumis, incessamment, au Conseil des ministres pour approbation. Toutefois, la nouvelle mouture ne semble apporter aucune réponse favorable, notamment, pour les exportateurs.
Néanmoins, c’est ce qui ressort des déclarations de Djilali Tarikat, Pdg de la Compagnie algérienne d’assurance et de garantie des exportations (CAGEX). Ce dernier a critiqué sévèrement la mouture de ce projet de loi, affirmant qu’il «n’apporte aucun changement en faveur des exportateurs». Bien au contraire, «nos clients les exportateurs se plaignent d’un dispositif légal répressif à leur encontre et qui sanctionne le non rapatriement des créances détenues à l’étranger par des peines privatives de liberté et d’autres sanctions sur le commerce extérieur», a-t-il regretté.
Il est à rappeler que depuis l’effondrement du système de Bretton Woods en 1973, l’Algérie a adopté deux types de régime de change, allant de l’ancrage à un panier vers le flottement dirigé.
L’objectif était d’adapter la stratégie monétaire du pays à l’évolution du contexte national, régional et international, pour assurer une transition économiquement soutenable et non-génératrice de déséquilibres et d’attaques spéculatives. Mais, la réalité montre que le pays a rencontré énormément de difficultés pour atteindre cet objectif et qu’il fallait mettre en place des réformes structurelles pertinentes, des programmes d’ajustement structurel (PAS) pour augmenter les chances de réussite des régimes de change adoptés. Des politiques monétaire et budgétaire adéquates demeurent nécessaires au bon fonctionnement de tout régime et l’optimalité n’y peut être jugée indépendamment.
Avis du Cread
En effet, et selon une récente étude réalisée par Abdelkrim Boudjelal Lekkam de l’Université de Mascara et publiée par le Cread, l’Algérie doit se servir d’un modèle spécifique où le choix du régime n’est qu’éclectique et pragmatique, ce qui pose la question de la gestion du flottement.
En plus de l’expérience dans la gestion du risque de change, le choix définitif d’un régime dans le cadre de l’Algérie nécessite la prise en compte de certains éléments relatifs à l’environnement international dans lequel elle cherche à s’insérer davantage, mais aussi, à sa propre situation économique. «L’Algérie est en face d’un environnement économique envisageant des changements significatifs, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Beaucoup de ces changements ont d’importantes implications pour le choix du régime de change et sont probablement en train de rendre la défense de tout type d’ancrage difficile. Un régime de change autour d’un panier et admettant un degré de flexibilité à la monnaie nationale, nous semble convenir le mieux», a-t-il préconisé.
Recommandations
Ce régime donnera la possibilité de se décliner sous différentes formes selon la situation du pays et les objectifs à atteindre. «Les autorités monétaires algériennes en adoptant la politique de flottement dirigé de la monnaie nationale, doivent assurer la stabilisation du taux de change réel du dinar à son niveau d’équilibre qui participe à la promotion d’un climat favorable à l’investissement, en mettant en œuvre des réformes monétaires dans le but d’aligner le taux de change officiel sur le taux de change informel ; autrement dit, réduire l’écart entre les deux taux, en fixant comme objectif l’extinction du marché non officiel d’une part et la stabilisation macro-économique d’autre part», a souligné l’enseignant universitaire dans cette étude. Il a affirme que la politique de change en Algérie reste toujours «restrictive» même si on parle d’un marché des changes pseudo-libéral à travers les mécanismes du marché interbancaire de change.
Le chercheur en économie, Abdelkrim Boudjelal Lekkam a énuméré, à cet effet, une série de recommandations et solutions adaptées à problématique. Pour lui, le taux de change doit être relié aux principaux agrégats économiques à travers une libéralisation de plus en plus souple du secteur bancaire et financier. Les banques sont appelées à jouer le rôle de «passerelle» en vue de la réussite de la politique monétaire ainsi que la politique de change.
Ainsi, souligne-t-il, la nécessité d’amélioration du secteur productif et l’avantage comparatif sont des facteurs qui peuvent booster les exportations hors hydrocarbures et faire apprécier le dinar algérien ; l’installation d’un marché des changes à terme dans les plus brefs délais par la Banque Centrale permettra une meilleure gestion du marché des changes et évitera les fortes spéculations dans le marché informel des changes et le rapprochement entre la cotation parallèle et officielle permettra plus de stabilité et moins de volatilité du cours du dinar. Appelant également à lutter contre le blanchiment d’argent qui permettra d’irradier le marché parallèle des changes, Boudjelal a estimé enfin que « seule la promotion d’un vrai marché boursier en Algérie permettra de drainer les capitaux étrangers et vraisemblablement une meilleure gestion du risque de change».
A.R.







