L’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, a mis en avant, avant-hier à Alger, la dynamique que connaît le partenariat entre l’Algérie et l’UE, qui entretiennent des relations «excellentes». Selon lui, de nouveaux projets de coopération sont en préparation pour la période 2026-2027, notamment dans le domaine de l’investissement.
Par Hakim O.
L’Algérie et l’Union européenne se dirigent résolument vers l’ouverture d’un nouveau chapitre dans leur relation en renforçant la coopération économique. En effet, les deux parties veulent désormais aller au-delà des formules diplomatiques en actionnant d’autres domaines de coopération en dehors du gaz.
Jusqu’à présent, l’Algérie est perçue par le Vieux Continent, depuis de longues dates, comme un fournisseur fiable en énergie et un marché pour les produits européens. D’ailleurs, l’accord d’association signé entre les deux parties (2005- 2015) avait été en défaveur de l’Algérie.
En chiffres, l’évaluation de cet accord révèle un déséquilibre marqué, avec des exportations hors hydrocarbures atteignant à peine 14 milliards de dollars, tandis que les importations depuis l’UE ont atteint 220 milliards de dollars, sans compter les pertes fiscales !
Côté investissement, la part de l’UE ne représente que 5 % des échanges commerciaux bilatéraux entre 2005 et 2022, totalisant seulement 13 milliards de dollars pour un bloc de 27 pays ! Une situation que l’Algérie qualifie d’«inacceptable», en appelant les pays de l’UE à la révision de cet accord signé dans une conjoncture marquée par une «faiblesse» de l’économie nationale.
La donne maintenant est changée, notamment avec le plan de relance économique mis en place depuis 2020, où l’Algérie a réussi à passer d’un pays importateur à un pays exportateur hors hydrocarbures, après avoir ré- pondu aux besoins de son marché local.
Avec des taux de croissance appréciables durant ces dernières années, variant entre 3 et 4,1 %, l’Algérie s’apprête à intégrer le giron des pays émergents dès 2027, avec un PIB de 400 milliards de dollars.
Des indicateurs qui incitent les pays de l’Europe notamment à revoir leur politique envers l’Algérie, qui est courtisée de partout.
En clair, il est de l’intérêt de l’UE de s’impliquer davantage dans les domaines économiques, en mettant le paquet dans des projets d’investissements bénéfiques pour les deux parties, notamment dans le domaine de l’énergie (gaz, électricité verte, hydrogène vert) et autres secteurs comme l’agriculture, l’industrie et les services.
Des domaines qui devront renforcer l’intégration entre les deux rives et l’approfondissement structurel du partenariat économique Algérie-UE, qui s’inscrit dans une nouvelle dynamique.
Les échanges de visites entre les pays de l’UE et l’Algérie, ces dernières années, notamment suite à la pandémie de Covid-19 et au conflit russo-ukrainien, ont souligné la nécessité de s’inscrire dans un nouveau pacte de coopération d’égal à égal.
D’un côté, l’Europe a besoin de plus de gaz et d’autres énergies propres, et de l’autre côté, l’Algérie, riche en richesses naturelles, a besoin d’investissements et d’un transfert technologique.
En clair : chaque partie a besoin de l’autre. Si l’Algérie a affiché une grande volonté pour augmenter ses exportations de gaz, elle réclame néanmoins des investissements dans l’amont et l’aval de l’industrie gazière et pétrolière.
L’Algérie, partenaire stratégique pour l’UE
Un message que le Vieux Continent a bien compris. Son ambassadeur en Algérie, en l’occurrence Diego Mellado, a mis en avant, avant-hier à Alger, la dynamique que connaît le partenariat entre l’Algérie et l’UE, qui entretiennent des relations «excellentes», ajoutant que de nouveaux projets de coopération sont en préparation pour la période 2026-2027, notamment dans le domaine de l’investissement.
Le partenariat entre l’UE et l’Algérie «est extrêmement riche, très intense», a indiqué M. Mellado, dans une déclaration à la presse en marge de la 2e édition du «Rendez-vous de l’art contemporain», relevant les récents échanges entre le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, avec de hauts responsables européens, ainsi que la visite, jeudi dernier à Alger, du Commissaire européen à l’Énergie lors de la 6e réunion du dialogue politique de haut niveau sur l’énergie Algérie-UE.
«Pour nous, ce qui est toujours important, ce sont les bonnes relations entre les différents États membres et l’Algérie, ce qui est toujours très important pour les excellentes relations entre le bloc européen, l’Union européenne et l’Algérie», a-t-il souligné.
Qualifiant l’Algérie de «partenaire stratégique» pour l’UE, M. Mellado a indiqué que des visites ministérielles et de responsables européens de haut niveau sont prévues «bientôt», dont celle de représentants de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Dans ce cadre, un accent particulier sera mis sur le dialogue économique à travers un échange direct sur la façon de mieux intégrer nos économies, affirme M. Mellado, qui a fait part de l’intérêt de l’UE de lancer de nouveaux projets pour la période 2026-2027.
C’est un signal fort de la part de l’UE pour donner à la coopération algéro-européenne une nouvelle dynamique et la hisser aux aspirations des deux parties.
La venue d’une délégation de la Banque européenne d’investissement (BEI), qui connaît déjà le marché algérien, insufflera certainement une nouvelle dynamique aux différents projets d’investissements, notamment le câble sous-marin d’électricité qui va relier l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, le corridor South2 pour l’hydrogène vert, ainsi que le financement de certains projets de transition énergétique et des interconnexions électriques.
La BEI avait financé plusieurs projets en Algérie, principalement dans l’énergie, le transport, l’hydraulique et l’industrie, durant les années 1980 jusqu’à 2005, après la décision souveraine du pays de ne plus recourir à l’endettement extérieur.
Il est à rappeler qu’une initiative européenne, «partenariat euro-algérien pour l’investissement durable», a été lancée en 2023 visant à renforcer la coopération économique de l’UE et de ses États membres avec l’Algérie, notamment à travers la promotion de projets d’IDE et de délocalisation européens dans des secteurs et des chaînes de valeur mutuellement bénéfiques.
Plusieurs missions de prospection ont été effectuées par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) dans plusieurs pays européens, notamment en Espagne et en Allemagne.
Des sociétés européennes ont manifesté leur intérêt pour investir en Algérie. C’est le cas d’ailleurs de la marque automobile allemande Opel (Groupe Stellantis), qui a décidé de s’implanter en Algérie.
Faciliter l’accès du made in Alegria au marché européen
Concernant l’Accord d’association entre l’Algérie et l’UE, il a estimé que la priorité est de renforcer les échanges commerciaux et d’assurer que les produits algériens puissent avoir un meilleur accès au marché européen, de même pour les investissements européens en Algérie. C’est l’une des revendications principales du gouvernement algérien.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait fustigé l’attitude de certains pays européens qui bloquent l’accès du « made in Algeria » à leurs marchés et l’imposition d’un quota limité pour certains produits comme le fer.
En somme, la dynamique engagée entre l’Algérie et l’Union européenne marque un tournant stratégique dans leurs relations économiques.
La volonté affichée de rééquilibrer le partenariat, d’élargir les domaines de coopération et de promouvoir des investissements structurants traduit une prise de conscience partagée des enjeux actuels et futurs.
H. O.







