Face aux changements climatiques et à la diminution continue des précipitations, l’Algérie prend les devants en lançant de grands investissements dans le dessalement de l’eau de mer. Une option privilégiée par l’État durant ces cinq dernières années, ayant fait ses preuves dans plusieurs pays à travers le monde, notamment au Moyen-Orient.
Par Akrem R.
En effet, après la finalisation d’un programme d’urgence annoncé en 2022 par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, suite à la sévère vague de sécheresse ayant frappé le pays, consistant en la réalisation de cinq grandes usines respectivement à El Tarf (Koudiet Eddraouche), Béjaïa (Toudja), Boumerdès (Cap Djinet), Tipasa (Fouka) et Oran (Cap Blanc), un nouveau programme est déjà annoncé. Il consiste en la réalisation de trois nouvelles stations à Tlemcen, Mostaganem et Chlef.
Les contrats de réalisation de ces nouvelles usines ont été signés hier à Alger, lors d’une cérémonie présidée par le ministre d’État, ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, M. Mohamed Arkab, et le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, en présence de Nour Eddine Daoudi, Président Directeur Général de Sonatrach, de Lahcen Bada, Président Directeur Général de l’Algerian Desalination Company, de Mustapha Rekik, Directeur Général de l’Algérienne des Eaux, ainsi que des Présidents-Directeurs Généraux des entreprises chargées de la réalisation des dites usines et des cadres dirigeants du groupe Sonatrach.
Les travaux de réalisation de ces trois nouvelles usines de dessalement d’eau de mer, respectivement à Ain Adjroud dans la commune de Marsa Ben Mhidi (Tlemcen), Dahra dans la commune d’El Marsa (Chlef) et Sidi Ladjel dans la commune d’El Khadra (Mostaganem), seront donc lancés incessamment pour une période de 22 mois.
Des délais record par rapport aux anciens projets réalisés auparavant par des entreprises étrangères (plus de 36 mois), à des coûts supérieurs et en devises. Cette nouvelle approche a permis à l’Algérie de réaliser des gains économiques et également de renforcer son expertise.
Selon les chiffres officiels, la réalisation des cinq nouvelles stations mises en service en 2025 a coûté au Trésor public 2,4 milliards de dollars, dont une grande partie est en dinars.
5,6 millions de m3/jour d’eau dessalée à l’horizon 2030
La réalisation de ces trois usines, d’une capacité de 300 000 mètres cubes par jour chacune à leur achèvement, s’inscrit dans le cadre de la première phase du programme national complémentaire décidé par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, qui comprend la réalisation de six grandes usines de dessalement d’eau, a indiqué le groupe Sonatrach dans un communiqué.
En termes clairs, ces usines, d’une capacité chacune de 300 000 m³, seront opérationnelles avant fin 2027, permettant d’augmenter les capacités nationales en eau de mer dessalée à 5,6 millions de mètres cubes par jour à l’horizon 2030, soit une couverture de 62 % des besoins nationaux en eau potable, renforçant ainsi la sécurité hydrique du pays face au stress hydrique.
Si les wilayas du Nord sont plus ou moins bien desservies en eau, certaines localités à l’intérieur du pays rencontrent des perturbations en matière d’alimentation en eau potable. Ce programme de dessalement initié par le Président Tebboune vise à réduire ces disparités interrégionales, tout en améliorant le service public de cette ressource précieuse.
Des budgets conséquents sont donc réservés pour la concrétisation de ces projets d’usines de dessalement de l’eau de mer, témoignant de la volonté de l’État de faire face aux changements climatiques en sécurisant ses réserves en eau afin de répondre aux besoins des citoyens et des secteurs économiques, notamment l’agriculture, qui consomme d’ailleurs 70 % des eaux en Algérie.
Le dessalement de l’eau de mer est donc une alternative aux eaux des nappes phréatiques et de surface, dont les barrages, au nombre de 81, seront dorénavant dédiés exclusivement à l’irrigation agricole et à d’autres utilisations industrielles.
Dans sa stratégie, le gouvernement table sur ces usines de dessalement pour alimenter des localités situées jusqu’à 150 km des côtes littorales.
Les compétences nationales à l’honneur
S’agissant de la réalisation de ces nouvelles usines, l’État a fait appel à des entreprises nationales. C’est en effet la filiale du groupe Sonatrach, l’Algerian Desalination Company (ADC), qui supervisera la réalisation de ces trois usines, confiée à des entreprises nationales spécialisées et expérimentées.
Dans ce contexte, l’entreprise Cosider Canalisation (filiale du groupe Cosider) réalisera l’usine de la wilaya de Tlemcen. L’Entreprise Nationale de Grands Travaux Pétroliers (filiale de Sonatrach) se chargera quant à elle de la réalisation de l’usine de la wilaya de Chlef.
Quant à l’usine qui sera implantée à la wilaya de Mostaganem, elle sera confiée à la Société Algérienne de Réalisation des Projets Industriels (filiale de Sonatrach).
Il convient de mentionner que ces projets contribueront à la création d’un nombre significatif d’emplois directs et indirects, tant lors des phases de réalisation que d’exploitation, ainsi qu’au soutien des programmes de formation et au développement des compétences nationales dans le domaine du dessalement de l’eau de mer.
La cérémonie a également été marquée par la signature d’un mémorandum d’entente entre l’Algérienne des Eaux de Dessalement (ADC), filiale de Sonatrach, et l’Algérienne des Eaux (ADE) pour l’achat/vente de l’eau.
En somme, l’Algérie se dirige résolument vers le renforcement de sa sécurité hydrique, en évitant l’éventuel spectre de stress hydrique qui plane sur plusieurs pays de la région méditerranéenne.
D’ailleurs, l’année 2025 a vu l’Algérie marquer une étape importante dans le dessalement d’eau de mer, avec la mise en service de grandes unités capables de sécuriser l’alimentation en eau potable de plusieurs millions d’habitants, notamment autour d’Alger.
A.R.







