Alors que la guerre en Iran bouleverse l’ordre énergétique mondial, l’Algérie se retrouve dans une position stratégique rare — celle d’un acteur incontournable que tout le monde courtise. C’est le constat dressé par le magazine américain “Foreign Policy”.
Par K. Boukhalfa
En effet, dans une récente analyse, le magazine affirme que l’Algérie traverse une période charnière qui met en lumière toute la subtilité de sa diplomatie : comment concilier des décennies de proximité avec Téhéran tout en tirant profit des perturbations énergétiques que la guerre en Iran inflige à l’Europe ?
La réponse algérienne, pour l’heure, est celle d’un pays qui a choisi la souveraineté de ses intérêts économiques. Ainsi, dès le déclenchement des hostilités, Alger a opté pour une réserve diplomatique remarquée.
La capitale a bien exprimé son « soutien à ses frères arabes face aux violations inacceptables qu’ils subissent ». Une posture délibérée, loin d’être une hésitation.
Donc, c’est sur le terrain énergétique que l’Algérie révèle pleinement son atout maître. Deuxième détentrice des réserves prouvées de gaz naturel du continent africain après le Nigeria, et premier producteur de gaz d’Afrique, l’Algérie exporte vers l’Europe depuis les années 1960.
La guerre en Iran a transformé cet avantage structurel en levier diplomatique de premier ordre. Le magazine évoque dans ce sillage les récentes visites à Alger de la Première ministre italienne Giorgia Meloni et du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares.
L’objectif : sécuriser davantage d’importations gazières dans un contexte de crise énergétique aiguë. En échange, Alger entend renégocier ses prix à l’export pour les prochains contrats, visant une hausse comprise entre 15 et 20%.
Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : l’Algérie couvre déjà près de 30 % de la consommation annuelle de gaz de l’Italie et de l’Espagne. Rome se tourne vers Alger pour compenser la perte des livraisons qataries, le Qatar étant dans l’incapacité d’honorer ses contrats après qu’une frappe a endommagé ses installations de gaz naturel liquéfié.
Ces deux pays sont reliés à l’Algérie par des infrastructures distinctes : l’Espagne via le gazoduc sous‑marin Medgaz, l’Italie via le TransMed, qui traverse la Tunisie avant de rejoindre la péninsule italienne.
Par ailleurs, si l’Algérie marque des points sur le front européen, elle ne néglige pas pour autant son flanc sud en multipliant les initiatives économiques et sécuritaires. Le week‑end dernier, rappelle le magazine, l’Algérie a signé un accord de coopération pétro‑gazière avec la Côte d’Ivoire.
Quelques jours plus tôt, il avait été annoncé que Sonatrach lancerait ce mois‑ci des opérations de forage au Niger, tandis qu’un programme de modernisation des infrastructures minières et énergétiques du Burkina Faso, d’un montant de 88 millions de dollars, était officialisé.
C’est pourquoi Foreign Policy souligne que les récentes initiatives algériennes dessinent une stratégie cohérente et proactive de présence économique dans la région.
En se positionnant comme un fournisseur d’énergie fiable pour l’Europe, un partenaire économique engagé pour l’Afrique et un acteur diplomatique autonome sur la scène internationale, l’Algérie dessine les contours d’une puissance régionale émergente — discrète, pragmatique, et résolument tournée vers ses propres intérêts.
K. B.







