Le concept et la politique de numérisation commencent à se frayer un chemin dans la stratégie nationale de la modernisation de l’administration, des services publics et de l’économie. Le nouveau ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche entend faire de la numérisation un des leviers de la croissance et du développement du secteur. Cette vision rejoint le projet d’assainissement et de numérisation du foncier agricole dont l’échéance a été fixée par le gouvernement à la fin 2025.
Par Amar Naït Messaoud
Dans ce contexte, le gouvernement a mis en place une plateforme numérique sécurisée pour accélérer la régularisation des terres agricoles et coordonner les efforts entre les autorités locales et centrales. Cette initiative vise à résorber les contraintes existantes, régulariser et sécuriser le statut des investisseurs effectifs et renforcer la production agricole en vue d’assurer la sécurité alimentaire du pays.
Ce sont, en réalité, tous les secteurs de la vie nationale qui sont concernés par ce qui se révèle comme une révolution numérique que l’Algérie se doit de réaliser et de réussir.
Le mouvement de progression de révolution a subi des retards et fait face à des résistances bureaucratiques dénoncées par le président de la République lui-même. Malgré certains investissements dans le domaine, les grands objectifs fixés depuis plus de quinze ans dans le fameux projet « e-Algérie 2013 » (gouvernance électronique ou numérique) sont loin d’être atteints.
L’apparente démocratisation de la connexion internet, y compris avec l’introduction et la maitrise de la 4G mobile, avec option de se projeter dans la 5G, n’a pas drainé une adaptation remarquable sur le plan économique.
Le traitement de l’information, de la statistique et de tout ce qui relève de la communication destinée à être échangé, partagé ou agrégé, demeure encore faiblement pris en charge au niveau des entreprises et des administrations publiques.
Le réseau internet filaire, qui s’est renforcé au cours de ces dernières années, malgré ses multiples ratés en matière de pannes et d’arrêts répétitifs, a pu pénétrer les foyers domestiques algériens, y compris dans certains villages ruraux. Des milliers d’écoles sont également connectées. On est allée jusqu’à installer la connexion non filaire, le wifi, un peu partout, y compris, dans certains bus urbains d’Alger et dans le métro.
Cependant, comme on le sait, la connexion au réseau internet, aussi fiable et efficace soit-elle- et elle ne l’est pas toujours chez nous-, ne constitue pas une fin une soi. Filaire ADSL ou mobile, elle n’a de sens que par rapport aux objectifs sociaux et économiques qui lui sont fixés.
Résorber la fracture numérique
Donc, s’il y a lieu d’évaluer les entreprises et les administrations algériennes dans le domaine de la gouvernance numérique, il faudrait sans doute commencer par ces étapes essentielles- qui font des gains de temps et de risques d’erreurs-, pour arriver à la mise en réseau interne, intranet, puis le réseau des réseaux, internet.
Le grand débat sur la compétitivité des entreprises, c’est aussi à ce niveau-là qu’il convient de le mener. La réduction des coûts de production est liée à plusieurs facteurs, dont l’accès aux technologies numériques.
Lorsqu’on constate tous ces défis qui se posent à l’économie algérienne en la matière- avec aussi le payement électronique, les cartes bancaires, le téléenseignement, le télétravail,…etc.-, les « exploits » faits par les ministères de l’Intérieur et de la Justice, en facilitant l’établissement de certaines pièces d’État civil ou liées au secteur de la Justice, paraissent de modestes conquêtes qui seront vite banalisées.
Le reste, tout le reste de l’e-gouvernance, exige des efforts de réflexion, un esprit d’innovation, une politique de l’entreprise claire et dégagée des pesanteurs et d’aprioris politiques.
L’idée fera son chemin, sera consacrée comme projet vital pour l’économie nationale, le jour où ces innovations seront perçues en termes d’investissements rentables. Investissements sans lesquels la fracture numérique entre le Nord et le Sud, et parfois entre des pays du Sud eux-mêmes, tant décriée par les experts et les gestionnaires de l’économie de chaque pays concerné, ne fera que s’ouvrir et s’amplifier davantage.
Digitalisation, dématérialisation et économie numérique
Et puis, l’économie numérique ne s’arrête pas à la connexion internet et aux échanges d’information. Ce sont aussi et surtout les programmes et logiciels, crées et installés pour faire marcher les entreprises, le commerce, les bureaux d’études, les services publics…etc.
C’est la digitalisation de l’information statistique ou factuelle avant sa mise en réseau et son exploitation au niveau central et par l’ensembles des segments participants, émetteurs et consommateurs de l’information alphanumérique, graphique ou cartographique
Le document de synthèse de l’ « e-Algérie 2013 », précisait dans ce sens: « De nos jours, tout processus de développement économique et social réserve une place de plus en plus importante aux technologies de l’information et de la communication et au savoir. En effet, ces deux éléments constituent des facteurs décisifs de transformation rapide des modèles économiques et sociaux en raison de leurs effets transversaux sur tous les secteurs de l’industrie et des services, de leur capacité à accélérer la circulation de l’information et de la forte valeur ajoutée induite par ce nouvel actif immatériel qu’est le savoir. Les nations les plus puissantes du monde ont vu leur croissance dopée par la priorité accordée à ces deux facteurs, source principale de création de richesse et de gain de compétitivité ».
L’économie de la connaissance, dont on commence à peine à parler en Algérie, est portée essentiellement par ces nouveaux moyens de communication numérique.
Le retard des entreprises et de l’administration algériennes dans le domaine de l’informatisation et de la mise en réseau de leurs données est constaté par les officiels eux-mêmes.
Ce n’est qu’au cours des deux dernières années que certaines de ces entités commencent à s’«inquiéter» de certains de ces retards. Certains exemples relèvent de la gestion quotidienne des Assemblées communales, du cadastre, de la conservation foncière et des domaines, lorsqu’il s’agit par exemple d’établir des actes de possession (dans le cadre des dossiers de l’aide à l’habitat rural) ou mêmes des actes de propriété.
Les avis à recueillir des différents services administratifs pour établir de tels actes ont été caractérisés jusqu’ici par un grand retard et parfois des erreurs techniques, outre la faiblesse de la mise en réseau, dont de l’exploitation efficace et généralisées de l’information traitée.
Justement, il est attendu du bond numérique dont devront bénéficier l’administration, les services publics, les entreprises économiques et les bureaux d’études, une amélioration et une plus grande efficacité dans le processus d’élaboration et d’agrégation de l’information, des prises de décisions plus mûres et plus éclairée de la part des gestionnaires et des décideurs politiques, une adaptabilité accrue des entreprises aux évolutions des marchés locaux et étrangers, aux innovations scientifiques et techniques et au monde numérique de façon globale, et, enfin, de mieux gérer les risques financiers, environnementaux et de sécurité.
A.N.M.







