L’Algérie s’affirme de plus en plus comme un acteur moteur de la coopération fiscale africaine. À la veille du Forum africain des administrations fiscales (ATAF), prévu du 3 au 7 novembre 2025 à Alger, la directrice des relations fiscales internationales à la Direction générale des impôts (DGI), Mme Ghania Rabhi, a détaillé les contours de cet engagement, plaçant la modernisation des systèmes fiscaux et la convergence africaine au centre des priorités nationales.
Par Nadia B.
Cet événement, d’envergure continentale, réunira 44 administrations fiscales africaines ainsi que des représentants d’organisations internationales telles que les Nations unies et l’OCDE, en plus de partenaires institutionnels et d’acteurs du secteur privé.
Son objectif : renforcer les capacités des États africains dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, et jeter les bases d’une coopération durable au service du développement économique du continent.
Une volonté politique claire de renforcer la coopération africaine
L’Algérie a rejoint officiellement l’ATAF en 2024, devenant ainsi le 43e pays membre de cette organisation intergouvernementale créée en 2009 pour promouvoir une fiscalité africaine adaptée aux réalités du continent.
«Notre adhésion marque une volonté politique claire : celle de participer activement à la construction d’un cadre fiscal africain solide, basé sur la coopération, l’échange d’expertise et la transparence», a souligné Mme Rabhi dans une déclaration à la radio nationale «Chaîne III », précisant que les discussions avec l’ATAF avaient été engagées dès 2022.
Selon elle, cette coopération permettra à l’Algérie d’offrir son expertise, notamment en matière de gestion fiscale et de modernisation administrative, tout en profitant des bonnes pratiques d’autres pays africains.
«Le Bénin, par exemple, a réalisé d’importants progrès dans la facturation électronique, tandis que le Nigeria et le Kenya ont développé des mécanismes performants d’imposition des services numériques. Ces expériences inspirent et enrichissent notre propre démarche de réforme», a-t-elle indiqué.
La numérisation au cœur de la réforme fiscale africaine
La numérisation constitue, selon Mme Rabhi, un levier majeur pour moderniser les administrations fiscales africaines, renforcer la traçabilité et réduire le poids de l’économie informelle.
«Grâce à la digitalisation, le contrôle fiscal reposera désormais sur l’analyse des données et la gestion des risques, plutôt que sur des interventions humaines directes. Cela garantit plus d’équité et d’efficacité dans la collecte de l’impôt», a-t-elle expliqué.
Ce virage numérique permettra aussi aux États de mieux retracer les transactions internationales et d’imposer les revenus là où ils sont effectivement générés.
«Les modèles économiques sont désormais dématérialisés : une entreprise peut générer des bénéfices dans un pays sans y avoir de présence physique. Les administrations fiscales doivent s’adapter à cette nouvelle donne pour préserver leurs ressources», a-t-elle averti.
L’action de l’Algérie s’inscrit pleinement dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). En ouvrant de nouvelles perspectives pour le commerce intra-africain, la ZLECAF exige une harmonisation et une sécurisation des régimes fiscaux afin d’encourager les échanges et les investissements. Mme Rabhi a ainsi souligné que la DGI œuvre activement à la négociation de nouvelles conventions fiscales bilatérales avec plusieurs pays africains.
Ces accords visent à éviter la double imposition et à réduire la charge fiscale des opérateurs économiques algériens désireux d’investir sur le continent.
«Les conventions fiscales permettent non seulement d’alléger la fiscalité, mais aussi d’assurer une véritable sécurité juridique. Elles prévoient une procédure amiable entre États en cas de différend, ce qui protège les entreprises et renforce la confiance entre administrations fiscales africaines», a-t-elle précisé.
Cette politique s’inscrit dans une logique d’accompagnement des entreprises nationales souhaitant s’implanter en Afrique, en leur garantissant un cadre fiscal clair, prévisible et protecteur.
Une voix africaine unie sur la scène internationale
Sur le plan multilatéral, l’Algérie milite activement au sein du groupe africain des Nations unies pour une réforme équitable de la fiscalité mondiale.
«L’ONU négocie actuellement une convention-cadre sur la coopération fiscale internationale, avec deux protocoles spécifiques sur l’imposition des services numériques. L’Algérie y participe activement aux côtés des pays africains pour défendre nos intérêts communs et exiger que les nouvelles règles tiennent compte de nos besoins en ressources internes», a déclaré Mme Rabhi.
Cette participation vise à rééquilibrer un système fiscal mondial historiquement défavorable aux pays en développement, souvent contraints de céder une part importante de leur fiscalité pour attirer les investissements étrangers.
«Les économies africaines doivent désormais capter leur juste part de revenus, notamment en taxant les bénéfices là où la richesse est créée», a insisté la responsable de la DGI.
Une fiscalité au service de la souveraineté et de la bonne gouvernance
La mise en place de cette nouvelle architecture fiscale africaine doit permettre de réduire la dépendance des pays du continent à l’endettement extérieur en renforçant la mobilisation des ressources internes.
«La fiscalité est la principale ressource de l’État. Elle doit financer le développement durable, l’éducation, la santé et les infrastructures. L’objectif est de bâtir des économies souveraines, capables de se développer grâce à leurs propres moyens», a rappelé Mme Rabhi. Elle a également insisté sur la dimension morale et citoyenne de cette démarche.
«Le civisme fiscal, c’est la participation consciente du citoyen et de l’entreprise au financement des dépenses publiques. Payer ses impôts, c’est contribuer directement à la construction du pays», a-t-elle dit.
À travers son rôle au sein de l’ATAF, sa participation active aux négociations onusiennes et sa politique d’accords bilatéraux, l’Algérie œuvre à bâtir un système fiscal africain plus solidaire, plus transparent et plus équitable.
Ce système, fondé sur la coopération et la numérisation, doit renforcer la souveraineté économique du continent tout en soutenant les objectifs de la ZLECAF : l’intégration régionale, la croissance durable et la création d’un espace économique africain unifié.
«Il est temps que l’Afrique parle d’une seule voix en matière fiscale et qu’elle transforme cette coopération en véritable moteur de développement», a-t-elle conclu.
N.B.







