L’Algérie s’est lancée, ces dernières années, dans un vaste programme de modernisation et de réhabilitation de ses infrastructures portuaires. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement pour accompagner la dynamique de diversification économique, notamment l’augmentation des exportations hors hydrocarbures à 29 milliards de dollars à partir de 2030.
Par Akrem R.
En effet, l’amélioration de la compétitivité de nos ports, en les adaptant aux standards internationaux, devient une condition sine qua non pour la maîtrise des coûts et la réduction des surestaries, causant des pertes sèches pour le Trésor public.
À cet effet, l’Algérie accélère son plan de mise à niveau de ses infrastructures pour améliorer la compétitivité logistique, qui reste le maillon faible dans le commerce extérieur, et surtout positionner ses ports comme portes d’entrée vers l’Afrique dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
C’est dans cette optique que le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a procédé hier à l’inauguration du quai n°18 du port d’Alger et de son aire adjacente. Ce projet, réalisé selon des standards internationaux, s’inscrit dans la stratégie nationale de modernisation des infrastructures portuaires, impulsée par le président de la République, a-t-il indiqué.
D’une longueur de 265 mètres et doté d’un tirant d’eau de 9,5 mètres, le nouveau quai peut accueillir des navires de plus de 220 mètres, qu’il s’agisse de porte-conteneurs ou de cargos mixtes.
Il est également équipé de tours d’éclairage modernes et d’un ré- seau de fibre optique internationale, ce qui permettra d’améliorer la fluidité des opérations portuaires et de réduire la durée d’escale des navires.
Grâce à ces aménagements, le port d’Alger a déjà enregistré une hausse de 30 % du traitement des conteneurs par rapport à l’an dernier, et ambitionne de dépasser les 2 000 navires et 900 000 conteneurs par an.
Pour accompagner cette montée en puissance, l’Entreprise portuaire d’Alger prévoit l’acquisition de nouveaux équipements, dont six chariots cavaliers élévateurs, afin de fluidifier les opérations et d’absorber la croissance du trafic maritime.
Un cap stratégique fixé par l’État
Ce projet fait suite à la mise en service, le 5 juillet dernier, des quais 19, 20 et 21, après une phase de réhabilitation consécutive à l’effondrement partiel de 2022.
Le ministre a rappelé que la cadence des travaux a été relancée grâce à un suivi rigoureux sur le terrain et à des solutions techniques rapides, permettant la livraison de ces infrastructures dans les délais.
Parallèlement, la modernisation concerne également d’autres quais stratégiques, notamment les n°17, 23, 34 et 35, qui feront l’objet de programmes de réhabilitation dans une deuxième phase.
Pour Saïd Sayoud, l’inauguration du quai 18 constitue «une étape clé dans le processus de modernisation des quais et des ports nationaux», et illustre la volonté du gouvernement de bâtir un secteur des transports «intégré et durable».
Le ministre a souligné que cette infrastructure est appelée à jouer un rôle central dans l’amélioration de la performance logistique et la réduction des délais de transit.
La modernisation ne concerne pas uniquement Alger. Des projets structurants sont en cours dans plusieurs ports stratégiques. À titre d’exemple, au niveau du port d’Oran, des travaux d’extension des quais et de mise à niveau des équipements sont engagés pour renforcer son rôle dans les échanges euro-méditerranéens.
Idem au niveau du port de Djen Djen (Jijel), qui se prépare à devenir un véritable hub pour les exportations hors hydrocarbures, notamment le ciment et les autres matériaux de construction.
Dans le plan d’action du gouvernement, il œuvre au développement d’un pôle logistique intégré, appelé à devenir un hub international de transbordement.
Des travaux d’extension et de modernisation sont également en cours au niveau du port d’Annaba, qui se prépare lui aussi à devenir une véritable infrastructure pour l’exportation du phosphate et de ses dérivés.
Toujours à l’est du pays, le port de Skikda connaît des travaux d’extension visant au renforcement des infrastructures pour le transport des hydrocarbures et des produits dérivés.
Outre les travaux de modernisation, un projet de réalisation d’un grand port, soit à Cherchell soit à Boumerdès, est prévu afin de désengorger Alger et de capter une partie du trafic international reliant l’Asie à l’Europe.
Ces efforts s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de réduire les coûts logistiques, qui pèsent lourdement sur les exportateurs, et de stimuler les exportations hors hydrocarbures. Les ports modernisés doivent ainsi offrir des délais plus courts, des coûts compétitifs et une meilleure connectivité multimodale (maritime, ferroviaire, routière et aérienne).
Pour les autorités, il s’agit également de renforcer la souveraineté logistique nationale, alors qu’une grande partie du transport maritime reste encore dominée par des compagnies étrangères. Annuellement, l’Algérie consacre plus de 4 milliards de dollars au fret maritime, dont la part du pavillon national est très minime, n’excédant pas les 30 %.
Un ambitieux programme de développement est lancé par le gouvernement visant à la relance du transport maritime algérien, à travers l’acquisition de nouveaux navires pour la diversification de l’offre.
En somme, la stratégie portuaire algérienne intègre aussi des enjeux de digitalisation et de durabilité. L’objectif est de doter les principaux ports de systèmes intelligents de gestion des flux, tout en modernisant les infrastructures selon des normes environnementales internationales, afin de limiter l’empreinte carbone des activités maritimes.
A. R.







