Les relations économiques entre l’Algérie et l’Italie connaissent une nouvelle dynamique portée par une volonté politique commune de renforcer les échanges, les investissements et les partenariats industriels.
Par Hakim O.
En effet, les responsables des deux pays veulent renforcer davantage la coopération économique et l’élargir à de nouveaux domaines. Dans un entretien accordé à l’agence italienne «Agenzia Nova», l’ambassadeur d’Algérie en Italie, Mhamed Khelifi, a mis en avant les perspectives prometteuses de coopération entre les deux pays dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, l’industrie automobile, l’agriculture et l’investissement productif.
Selon le diplomate algérien, les relations entre Alger et Rome traversent «une phase très positive», soutenue par une convergence de vues entre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni. Cette entente politique favorise l’émergence d’un partenariat économique de plus en plus intégré, dépassant le seul cadre énergétique traditionnel.
Le diplomate algérien a, en effet, réaffirmé la volonté de l’Algérie de renforcer davantage son partenariat avec l’Italie dans les domaines du gaz, de l’automobile, de l’agriculture, des investissements industriels et de la coopération stratégique en Méditerranée.
En d’autres termes, Alger veut se présenter comme un pays ouvert ainsi qu’une plateforme productive et énergétique reliant l’Europe, l’Afrique et le monde arabe.
L’énergie demeure le socle du partenariat stratégique
Entre l’Algérie et l’Italie, le partenariat énergétique demeure le socle central des relations bilatérales, notamment à travers la coopération historique entre Eni et Sonatrach.
Les deux compagnies leaders dans le domaine des hydrocarbures continuent d’investir dans le domaine pétro-gazier avec l’objectif de renforcer la sécurité énergétique en Algérie et de consolider son rôle en tant que fournisseur fiable dans la région euro-méditerranéenne.
Selon les déclarations du directeur exécutif du géant énergétique italien, Claudio Descalzi, lors d’une visite en juillet 2025 en Algérie, les investissements d’ENI en Algérie devraient dépasser les 8 milliards de dollars. «Si nous parvenons à mener à bien les projets en cours, nos investissements totaux dépasseront les 8 milliards de dollars, ce qui reflète l’importance de ce partenariat», avait indiqué le patron d’ENI.
Le développement de projets supplémentaires entre Sonatrach et Eni vise à accroître la capacité de production de gaz naturel de 5 à 7 milliards de mètres cubes par an.
Sur ce point, le diplomate algérien a réaffirmé la volonté de l’Algérie d’augmenter sa production de gaz notamment, tout en renforçant davantage la coopération entre Sonatrach et Eni dans l’exploration et le développement en amont afin de consolider davantage la sécurité énergétique entre les deux rives de la Méditerranée. «Nous voulons promouvoir davantage l’exploration conjointe et élargir la coopération énergétique», a déclaré Khelifi.
Toutefois, l’Algérie, qui a fixé un objectif ambitieux, à savoir la diversification de l’économie nationale et l’augmentation du PIB à 400 milliards de dollars d’ici 2027, veut élargir sa coopération à d’autres secteurs industriels et productifs. «Énergie, agriculture, industrie, automobile : nous voulons développer de nouveaux projets et de nouvelles synergies», a-t-il expliqué dans cet entretien accordé à l’agence italienne «Agenzia Nova».
L’automobile et l’industrie au cœur des nouveaux projets
Au-delà du secteur énergétique, l’Algérie ambitionne de se positionner comme une plateforme industrielle et commerciale régionale pour les entreprises italiennes. Mhamed Khelifi a mis en avant les avantages compétitifs offerts par le pays, notamment une énergie à faible coût, une main-d’œuvre qualifiée ainsi qu’un vaste marché intérieur.
Il a également insisté sur la position géostratégique de l’Algérie, capable d’offrir un accès privilégié aux marchés africain, arabe et européen grâce aux différents accords de libre-échange et à l’accord d’association avec l’Union européenne. L’industrie automobile figure également parmi les axes prioritaires du partenariat algéro-italien.
Après l’organisation du forum «Stellantis Algeria meets Turin companies», réunissant des entreprises italiennes de sous-traitance, les deux parties préparent une nouvelle rencontre prévue à Alger en septembre prochain afin de renforcer l’intégration locale dans la production automobile.
«Le 7 septembre, nous organiserons à Alger un second round de l’événement de Turin», a annoncé Khelifi, précisant que l’objectif est de favoriser la présence de partenaires industriels italiens liés à l’usine Stellantis de Tafraoui, près d’Oran, et d’augmenter progressivement le taux d’intégration locale dans la production automobile.
«Nous devons accroître la part de l’assemblage et de la production locale des véhicules avec des partenaires italiens», a expliqué l’ambassadeur, ajoutant que des terrains avaient déjà été identifiés dans la région d’Oran pour accueillir d’éventuelles entreprises italiennes souhaitant investir dans ce projet.
Selon Khelifi, le modèle promu par Alger «ne constitue pas une délocalisation», mais une coopération industrielle complémentaire et bénéfique aux deux économies. «Nous travaillons ensemble dans l’intérêt des deux parties», a-t-il déclaré.
C’est un message clair et rassurant pour les syndicats italiens FIM, FIOM et UILM, qui craignaient une délocalisation massive et des suppressions d’emplois en Italie suite à la montée en puissance de l’industrie automobile en Algérie.
La coopération économique s’étend également à l’agriculture et à l’agro-industrie, avec une attention particulière aux projets lancés par BF Spa dans le domaine de la culture du blé dur et de la transformation alimentaire.
L’ambassadeur a également confirmé la volonté de renforcer le dialogue économique à travers de nouveaux instruments institutionnels, notamment une future Chambre de commerce italo-algérienne, destinée à faciliter les échanges entre les opérateurs économiques des deux pays et à promouvoir de nouvelles opportunités de partenariat.
Capter plus d’investissements italiens
Par ailleurs, à l’approche de la 57e édition de la Foire internationale d’Alger, prévue du 22 au 27 juin au Palais des expositions de la Safex, l’ambassade d’Algérie en Italie prévoit également l’organisation d’une rencontre économique, le 25 mai prochain, avec des entrepreneurs italiens afin d’encourager une forte participation des entreprises transalpines à cet important rendez-vous économique africain.
«Nous voulons une forte participation des entreprises italiennes», a expliqué Khelifi, qualifiant la FIA de « plus important événement économique d’Algérie et l’un des principaux du continent africain».
Selon l’ambassadeur, plus de 30 pays et plus de 700 entreprises nationales et internationales participeront à l’édition de cette année, avec des forums économiques, des rencontres B2B et des initiatives dédiées à la coopération industrielle et commerciale.
«En tant qu’ambassade, nous sommes prêts à accompagner chaque entreprise, petite ou grande», a-t-il assuré. En somme, le modèle de coopération prôné par l’Algérie avec l’Italie repose sur une logique de complémentarité économique et industrielle bénéfique aux deux parties. La vision des deux pays est claire : bâtir des partenariats durables et équilibrés.
H. O.

