Le secteur agricole algérien se trouve à un tournant décisif, marqué par l’installation récente d’un nouveau ministre, jeune et issu du monde scientifique. L’enjeu : moderniser en profondeur un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire nationale et la diversification de l’économie.
Par Nadia B.
En effet, l’apport du nouveau ministre de l’Agriculture peut être considérable si l’on s’oriente vers une numérisation des activités visant à «l’optimisation des rendements à l’hectare» pour aller vers une «agriculture intelligente et de précision», a indiqué Mustapha Benaoui, expert en agriculture et ancien cadre au ministère de l’Agriculture. Et ce, tout en gardant en ligne de mire l’objectif stratégique de la sécurité alimentaire.
«L’heure est à la modernisation, mais aussi à la continuité», a insisté M. Benaoui. Selon lui, la numérisation est un levier incontournable pour moderniser les filières agricoles et optimiser les rendements à l’hectare, d’autant plus que la surface agricole utile (SAU) par habitant ne cesse de diminuer : 0,6 hectare aujourd’hui contre 1,6 hectare dans les années 1970.
Dans une déclaration à la Radio nationale Chaîne III, il a expliqué que la numérisation permettra de fiabiliser les données agricoles, un préalable essentiel à une meilleure gestion des ressources, à la traçabilité des budgets publics et à la planification. Elle constitue également une solution technique pour adapter les pratiques agricoles face aux défis du changement climatique.
Filières prioritaires : céréales, légumineuses et élevage
Parmi les priorités identifiées, l’intervenant a cité notamment les grandes cultures (blé, orge), les oléagineux, les légumineuses alimentaires ainsi que les viandes rouges et blanches, piliers de la sécurité alimentaire nationale. Ces filières, encore très dépendantes de méthodes traditionnelles, doivent bénéficier d’un accompagnement technologique, logistique et financier, affirme-t-il.
L’expert a souligné que «la jachère représente aujourd’hui 36 % des terres agricoles, contre seulement 6 % en Tunisie». Il a plaidé pour une valorisation de ces terres via l’introduction de cultures adaptées, comme les légumineuses.
Face à une agriculture essentiellement pluviale (à 90 %) et aux effets de la sécheresse, notamment dans l’Ouest, l’agriculture saharienne devient une priorité nationale. Grâce à un potentiel hydrique important, qualifié de «mer souterraine», et à l’accompagnement de l’État, de grands projets voient le jour dans le Sud algérien.
L’Office de Développement des Cultures Stratégiques (ODAS) pilote ces efforts, avec pour objectif d’attirer les investissements nationaux et étrangers. Des projets d’envergure portés par des investisseurs qatariens, saoudiens et italiens sont déjà en cours à Timimoun, Adrar et El Meghaïer, notamment dans la production de lait et de viande bovine.
Si la production progresse, le système logistique reste insuffisant. Le manque de plateformes de stockage, de transformation et d’exportation entraîne des pertes et des effondrements de prix, comme ce fut le cas récemment pour la pomme de terre, passée de 170 dinars/kg à seulement 15 dinars.
M. Benaoui a proposé de transformer les centres de collecte en véritables centres d’animation des filières agricoles, intégrant distribution, accompagnement technique et logistique, et collecte des produits.
L’expert a appelé à une gouvernance partagée impliquant toute la « famille agricole » : administration, agriculteurs, banques, assurances, entreprises agroalimentaires. Il a également insisté sur la nécessité d’organiser des assises régionales avant la conférence nationale de modernisation du secteur agricole, prévue pour la fin octobre.
En dépit des avancées réalisées dans le domaine agricole, permettant de couvrir une partie importante des besoins alimentaires, l’Algérie reste dépendante des marchés extérieurs, notamment pour les filières stratégiques comme les céréales, les légumineuses, le lait et d’autres produits.
«La sécurité alimentaire n’est pas un objectif figé, mais un processus dynamique», rappelle Benaoui. Le but : permettre à chaque citoyen un accès durable à une alimentation suffisante, de qualité, et à un coût abordable.
N. B.

