C’est aujourd’hui que l’Algérie célèbre le 55e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. Le 24 février 1971, le gouvernement algérien avait pris une décision historique, en décidant de la nationalisation d’un secteur stratégique, renforçant ainsi la souveraineté du pays.
Par Hakim O.
Cette date est considérée également comme un acte fondateur de l’histoire économique. 55 ans après, le pétrole et le gaz sont toujours le moteur de la croissance économique de l’Algérie et un pilier central du développement du pays.
Riche en ressources, l’Algérie doit désormais relever plusieurs défis, notamment durant cette conjoncture marquée par des bouleversements géopolitiques, dont l’énergie est au centre des problématiques.
Depuis le début du conflit ukraino-russe, les marchés mondiaux sont en effervescence et une nouvelle carte énergétique mondiale est en composition, marquée par la montée en puissance des États-Unis qui veulent dominer le marché mondial du GNL notamment.
Ces changements en cours imposent à l’Algérie d’investir davantage dans l’amont et l’aval pétrolier et gazier surtout afin de renouveler ses réserves, tout en augmentant la production nationale.
C’est l’un des défis majeurs qui se posent actuellement à l’Algérie qui fait face à un marché local en croissance continue de 5 à 6 % par an et à l’ambition de renforcer sa présence à l’international. Une présence jugée nécessaire pour continuer à soutenir l’économie nationale en phase de diversification.
Il est à rappeler que des investissements importants sont en cours de réalisation dans divers domaines (habitat, santé, éducation, chemin de fer, agriculture, industrie et autres), nécessitant des financements colossaux assurés jusqu’à présent par l’État.
L’augmentation de la production nationale en ligne de mire
Donc le développement du secteur des hydrocarbures est toujours prioritaire pour l’État, en plus de la diversification de l’économie nationale, à travers l’engagement d’une réelle politique par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour sortir de la dépendance aux hydrocarbures.
Un plan d’investissement ambitieux est déployé par le groupe public «Sonatrach» pour l’augmentation de la production nationale, notamment gazière, à 200 milliards de m³ d’ici 2030, soit le double de la production actuelle. Pour atteindre cet objectif, un plan d’investissement de 60 milliards de dollars est projeté pour le quinquennat 2025-2029 par le groupe Sonatrach.
Des partenariats importants avec des sociétés étrangères des quatre coins du monde ont été signés, après l’appel d’offres lancé par l’ALNAFT en 2024 «Algeria Bid Round 2024». Un deuxième appel est prévu également en ce début 2026, «Algeria Bid Round 2026», où une vingtaine de zones pour l’exploration du gaz et du pétrole seront proposées aux investisseurs étrangers.
Cette démarche s’inscrit dans les efforts de l’Algérie pour le développement de son potentiel énergétique et le renouvellement de ses ré- serves et l’augmentation de la production nationale. Elle produit actuellement environ un million, de barils par jour et près de 110 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an.
Outre les projets de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures, ce programme prévoit également la réalisation de plusieurs projets industriels majeurs de valorisation permettant d’augmenter le taux de transformation des hydrocarbures en produits à forte valeur ajoutée, de 32 % actuellement à 50 % à l’horizon 2029.
Dans ce cadre, Sonatrach aspire notamment à développer ses activités pétrochimiques à travers la production de polypropylène et le lancement de l’unité de production de MTBE (méthyl tert-butyl éther), en plus du mégaprojet de phosphate qui permettra au pays de devenir l’un des plus grands exportateurs d’engrais.
Parmi ces projets figurent également la raffinerie de Hassi Messaoud, l’unité de vapocraquage du naphta à Arzew, devant produire 1,2 million de tonnes supplémentaires d’essence, ainsi que l’unité de craquage du fuel à Skikda, qui produira du gasoil et du bitume. S’y ajoutent le complexe LAB (Linéaire Alkyl Benzène) à Arzew et le complexe de production d’éthylène à Skikda.
Les efforts se poursuivent donc pour renforcer la sécurité ou l’indépendance énergétique du pays, 55 ans après l’indépendance des hydrocarbures.
Un véritable hub régional énergétique
En effet, le secteur énergétique est toujours au centre des préoccupations de l’État. Avec un nouveau cadre juridique souple et stable, l’Algérie ouvre ses portes à l’investissement étranger dans
divers domaines énergétiques (pétrole, gaz, électricité et EnR, hydrogène vert), avec l’ambition de devenir un véritable hub régional énergétique. Fournisseur fiable du Vieux Continent depuis une quarantaine d’années, l’Algérie veut renforcer sa présence sur le marché européen, en exportant plus de gaz afin de répondre à la demande des Européens qui veulent suspendre le gaz russe dès 2027.
Si l’Algérie n’est pas en mesure de se substituer au gaz russe, elle se présente comme l’une des alternatives énergétiques fiables pour l’UE, d’autant plus qu’elle détient des réserves estimées à 12 milliards de barils et 2 200 milliards de mètres cubes de gaz conventionnels et également 22 000 milliards de mètres cubes de gaz non conventionnels.
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Deux projets sont déjà en cours de réalisation, à savoir le câble sous-marin d’électricité reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie et celui du «SoutH2 Corridor», pour le transport de l’hydrogène vert. Deux projets stratégiques qui vont contribuer à l’Europe de diversifier ses sources d’approvisionnement et de placer l’Algérie comme un hub énergétique.
Un autre important projet est en cours de réalisation, concernant le gazoduc transsaharien, dont les travaux de réalisation de la partie restante sur le sol du Niger, sur une distance de 800 km, seront lancés après le Ramadhan par le groupe Sonatrach.
Une fois finalisé, des quantités variant entre 20 à 30 milliards de m³ de gaz du Nigeria seront mises sur le marché européen. Ce projet de gazoduc transsaharien s’inscrit dans la volonté de l’Algérie de renforcer la coopération Sud-Sud.
Par ailleurs, l’accélération de la transition énergétique devient une condition sine qua non pour l’Algérie qui fait face à de multiples défis.
H. O.
CAP sur les EnR
En effet, si les hydrocarbures, et surtout le gaz naturel, vont demeurer la base du mix énergétique aussi bien en Algérie qu’à l’échelle mondiale jusqu’à 2050 et probablement au-delà, notamment pour le gaz naturel, le développement des EnR devient plus que nécessaire pour sortir rapidement de la dépendance de la rente pétrolière en développant la production de nouvelles richesses.
Un programme EnR de 15 000 MW est déjà projeté, dont les premiers kilowattheures seront réceptionnés au courant de 2026, permettant à l’Algérie de faire des économies en matière de gaz et de créer un nouveau marché pour l’électricité verte, dont l’excédent sera exporté vers l’Europe et vers l’Afrique. Des projets d’interconnexion sont prévus avec la Libye, l’Égypte et des pays du Sahel. En somme, l’Algérie, qui a réussi à assurer son indépendance énergétique, ambitionne de s’internationaliser davantage, en mettant en avant son potentiel énergétique et son savoir-faire. Sur le plan continental, Alger affiche une volonté affirmée de renforcer sa présence en Afrique à travers des projets structurants, des coopérations énergétiques et une diplomatie économique plus active. Du Sahel à la Méditerranée, l’Algérie est parfaitement en mesure de devenir un véritable hub régional énergétique, mais aussi commercial, reliant les deux continents.
H. O.







