Les chiffres 2025 du ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique sont sans appel : l’Algérie s’impose comme un acteur central et irremplaçable dans l’équation énergétique italienne. Sur l’ensemble de l’exercice 2025, l’Algérie a acheminé environ 32,8% de la totalité des importations gazières italiennes.
Par K. Boukhalfa
Les données montrent que sur l’ensemble de l’exercice 2025, l’Algérie a acheminé près de 20,087 milliards de mètres cubes de gaz naturel vers l’Italie via le gazoduc Transmed, représentant environ 32,8 % de la totalité des importations gazières italiennes, estimées à 61,285 milliards de mètres cubes sur la période.
Ces volumes transitent par le point d’entrée de Mazara del Vallo, en Sicile, terminus européen du pipeline qui relie depuis 1983 le gisement algérien de Hassi R’Mel à la côte italienne. Une infrastructure quadragénaire qui, loin de vieillir, se révèle plus stratégique que jamais.
Les chiffres illustrent également la régularité des flux : 1,680 milliard de mètres cubes livrés en octobre, 1,595 milliard en novembre et 1,445 milliard en décembre 2025. Une constance qui tranche avec les turbulences qui agitent régulièrement les marchés mondiaux de l’énergie, et qui témoigne de la fiabilité opérationnelle du dispositif algérien.
Mais c’est sur le segment du gaz naturel liquéfié que la progression est la plus spectaculaire. En 2025, les ports italiens ont accueilli 47 cargaisons en provenance d’Algérie, contre 31 l’année précédente, soit une hausse de plus de 51 %.
En volume, les exportations algériennes de GNL vers l’Italie ont atteint environ 1,62 million de tonnes sur l’année, propulsant la part de marché algérienne à quelque 21 % des importations italiennes totales de GNL. Une progression qui souligne la volonté d’Alger de diversifier les vecteurs de livraison pour renforcer encore la résilience des approvisionnements.
Ces performances énergétiques remarquables ne s’inscrivent pas dans le vide. Elles sont le reflet d’une relation bilatérale en plein essor, que diplomates et économistes décrivent volontiers comme une véritable «dolce vita» entre les deux rives de la Méditerranée.
Depuis l’accord stratégique signé en 2022, qui prévoit une augmentation des livraisons de gaz algérien pouvant atteindre 40 %, Alger et Rome ont élargi leur coopération bien au-delà du seul secteur énergétique, tissant des liens dans les domaines industriel, commercial, agricole et technologique.
L’Italie, qui a fait de l’Algérie un pilier central du fameux « Plan Mattei » pour l’Afrique, entend approfondir ces liens dans une logique de partenariat équilibré et mutuellement bénéfique.
Dans ce contexte, le gaz algérien n’est plus seulement une marchandise : il est le ciment d’une relation géoéconomique structurante, qui donne corps à une vision commune du bassin méditerranéen comme espace de prospérité partagée.
L’Union européenne, qui classe désormais le gaz algérien comme source « prioritaire » dans sa stratégie de diversification des approvisionnements, valide cette dynamique à l’échelle continentale.
Depuis le retrait progressif du gaz russe du marché européen, l’Algérie occupe la position de deuxième fournisseur gazier de l’Italie, avec une part qui avoisine le tiers des besoins du pays.
Une montée en puissance géopolitique significative, qui confère à Alger un poids nouveau dans les équilibres énergétiques du Vieux Continent.
Des horizons ambitieux
Les perspectives tracées par les deux pays pour les prochaines années sont à la hauteur de cette ambition commune. Les études en cours portent sur une extension de la capacité du Transmed jusqu’à 40 milliards de mètres cubes annuels, l’éventuelle construction d’un corridor direct entre l’Algérie et la Sicile, ainsi que l’adaptation progressive des infrastructures existantes au transport d’hydrogène vert.
Autant de chantiers qui dessinent les contours d’une alliance énergétique pérenne, capable d’accompagner la transition énergétique européenne tout en ancrant durablement l’Algérie dans l’architecture industrielle du continent.
Ainsi, à l’heure où la sécurité énergétique est redevenue une priorité absolue pour les gouvernements européens, l’Algérie confirme, chiffres à l’appui, qu’elle est bien plus qu’un fournisseur parmi d’autres : elle est un partenaire de long terme, fiable, croissant, et désormais incontournable.
K. B.







