Née en 2015 de la fusion de trois sociétés publiques, la holding agroalimentaire Agrodiv s’est imposée en une décennie comme un acteur industriel incontournable de l’économie algérienne. Entre l’intégration d’actifs récupérés, le lancement de nouvelles unités de production et la signature d’un accord historique portant sur l’acquisition de 331 moissonneuses-batteuses et 1 800 tracteurs, le groupe affiche en 2026 des ambitions à la hauteur des défis de la sécurité alimentaire nationale. Retour sur une trajectoire de croissance remarquable.
Par Sofiane Idiri
En ce début d’année 2026, Agrodiv frappe fort sur deux fronts simultanément. Le premier est industriel : le directeur général par intérim du groupe, Salim Djenaihi, a annoncé à l’APS «le lancement de nouvelles unités de production modernes, ainsi que la remise en service d’unités récupérées dans le cadre de la politique de l’État relative à la réaffectation des actifs confisqués».
Cette démarche s’inscrit dans la continuité des intégrations réalisées en 2025, notamment la filiale boissons et conserves «Nechaou» et la filiale «Céréales et Conserves de l’Est», absorbées, selon une approche organisationnelle progressive et maîtrisée, explique‑t‑il.
Le second front est agricole. Le 4 avril 2026 à Sidi Bel Abbès, le ministre de l’Agriculture M. Yasin Oualid a présidé la signature d’une convention entre «PMAT TRADING et la filiale Agro Drive d’Agrodiv, portant sur l’acquisition de 331 moissonneuses‑batteuses et 1 800 tracteurs» souligne un communiqué du ministère.
Ces équipements sont destinés à renforcer le parc national dédié aux opérations de labour, de semis, de moisson et de battage, en réponse directe aux directives présidentielles visant à moderniser le secteur agricole.
Les retombées de cette double offensive sont tangibles : hausse des capacités productives, diversification du panier alimentaire national – farine, pâtes, conserves, huile de table, boissons – et création de nouveaux postes d’emploi directs et indirects.
La modernisation de la mécanisation agricole permettra, quant à elle, de réduire les pertes lors des récoltes, d’élargir les superficies cultivées et d’améliorer le rendement à l’hectare, contribuant directement à alléger la facture d’importation et à renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Depuis sa création en février 2015, issue de la fusion des sociétés Tragral, Cojub et Cegro, Agrodiv n’a cessé de croître.
Une décennie de croissance, des chiffres qui parlent
Dès 2016, le groupe affichait un chiffre d’affaires de 33,6 milliards de dinars et employait plus de 5 500 individus, avec plus de 9 filiales détenues à 100 % et 6 avec une participation partielle. La progression s’est accélérée au fil des années.
En 2022, le chiffre d’affaires a atteint les 53 milliards de dinars contre 47 milliards en 2021, soit une progression de 12 %. La valeur ajoutée gagnait, elle, 14 %, passant de 11,3 à 12,9 milliards de dinars, des scores qualifiés de meilleurs depuis la création du groupe.
Le résultat net a bondi de 105 %, atteignant 4,8 milliards de dinars contre 2,3 milliards l’année précédente. Sur le plan social, le groupe comptait 7 834 salariés en 2022, soit 1 833 postes supplémentaires par rapport à 2021, après la mise en service de plusieurs nouvelles unités.
La période post‑2019 a constitué un tournant majeur. Agrodiv a récupéré 34 unités industrielles confisquées, comprenant des usines de farine et de pâtes à Guelma, Djelfa et M’sila, ainsi que des unités spécialisées dans la conserverie de thon et de sardines, la fabrication de boissons et la transformation alimentaire.
Parmi les acquisitions les plus emblématiques, les unités du groupe Amor Benamor à Guelma, intégrées à la filiale Céréales et Conserves de l’Est, s’étendent sur 172 000 m² avec une capacité de 500 000 boîtes de concentré et 180 000 bocaux de confiture par jour.
Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire algérienne représente 14 milliards de dollars de valeur produite, répartis sur 47 200 entreprises et mobilisant près de 1,6 million d’emplois directs, constituant la deuxième industrie du pays après les hydrocarbures avec un taux de croissance annuel de 7%.
Au cœur de cet écosystème, Agrodiv joue un rôle structurant, de la transformation céréalière jusqu’à l’ambition exportatrice vers les marchés africains. Avec ses projets d’expansion vers le Grand Sud, notamment à Béchar et Adrar, et sa nouvelle filiale de mécanisation agricole, le groupe se positionne comme un pilier central de la souveraineté alimentaire de l’Algérie.
S. I.







