Les petites et moyennes entreprises (PME) du secteur agroalimentaire jouent un rôle central dans la dynamique économique des territoires du centre de l’Algérie. C’est ce que révèle une étude approfondie menée par Younes FERDJ, Maître de recherche au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), qui met en lumière leur contribution effective au développement local, mais aussi les freins structurels qui limitent leur plein essor.
Synthèse Akrem R.
A travers une analyse approfondie combinant enquêtes de terrain et entretiens qualitatifs, le chercheur dresse un état des lieux précis des contributions, mais aussi des limites structurelles, de ce secteur clé de l’économie nationale.
Portée par une approche à la fois quantitative et qualitative, l’étude s’appuie sur des enquêtes de terrain réalisées auprès de dirigeants de PME, de responsables locaux et d’experts du secteur agroalimentaire dans plusieurs wilayas clés, dont Blida, Médéa, Bouira, Tizi Ouzou et Béjaïa.
Selon Younes Ferdj, cette région constitue un espace stratégique pour l’essor de l’agro-industrie, en raison de la proximité des grands marchés de consommation, de la disponibilité de matières premières agricoles et de la concentration d’un tissu dense de PME privées, qui dominent largement le secteur agroalimentaire national.
Cette étude dresse en effet un diagnostic détaillé du tissu agroalimentaire régional et de son interaction avec l’économie locale.
Une contribution avérée à l’économie locale
Premier enseignement majeur de l’étude : les PME agroalimentaires constituent un pilier de l’économie régionale. Elles contribuent significativement à la création d’emplois, notamment dans les zones rurales et semi-rurales, et participent à la stabilisation des populations locales en limitant l’exode vers les grandes agglomérations.
La transformation des produits agricoles locaux permet également de générer de la valeur ajoutée sur place, renforçant ainsi l’ancrage territorial de ces entreprises.
Les résultats montrent que ces PME jouent un rôle structurant dans plusieurs filières stratégiques, telles que la transformation laitière, la conserverie de fruits et légumes, la minoterie ou encore l’oléiculture.
Leur proximité avec les bassins de production agricole et les grands marchés de consommation, notamment Alger et sa périphérie, constitue un avantage compétitif majeur.
Un potentiel important, freiné par des contraintes structurelles
Malgré ce rôle positif, l’étude souligne que le potentiel de développement des PME agroalimentaires demeure largement sous-exploité. Les entreprises interrogées font face à des obstacles récurrents, au premier rang desquels figure l’accès limité au financement.
Les exigences élevées en matière de garanties bancaires freinent les projets d’investissement et de modernisation des outils de production.
À cela s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement en matières premières, liées à la faiblesse des rendements agricoles, à l’irrégularité de la collecte et à l’insuffisance des infrastructures logistiques.
L’étude met également en évidence un déficit en innovation et en automatisation, ainsi qu’une inadéquation persistante entre les formations disponibles et les besoins réels de l’industrie agroalimentaire.
Sur le plan institutionnel, la lourdeur des procédures administratives, notamment en matière d’agrément sanitaire, d’importation d’équipements ou d’exportation, constitue un frein supplémentaire à la compétitivité des PME.
Un écosystème territorial encore peu structuré
Autre résultat clé de l’étude : le lien entre les PME agroalimentaires et leur territoire reste fort mais largement informel. Peu d’entreprises sont intégrées à des réseaux structurés d’innovation, à des clusters agroalimentaires ou à des coopératives.
Cette absence de coordination limite les synergies entre acteurs économiques, collectivités locales, universités et institutions de soutien, freinant ainsi l’émergence d’un véritable développement régional intégré.
Les politiques publiques existantes sont jugées insuffisamment adaptées aux spécificités du secteur et des territoires, leur impact demeurant marginal sur la structuration durable des filières agroalimentaires régionales.
Des recommandations
Face à ces constats, l’étude préconise la mise en place de leviers concrets pour renforcer le rôle des PME agroalimentaires dans le développement régional. Parmi les principales recommandations figurent la création de fonds d’investissement régionaux, l’amélioration de l’accès au financement, le renforcement de la formation professionnelle spécialisée et la promotion de clusters agroalimentaires territorialisés.
L’objectif affiché est de passer d’un développement diffus à un développement structuré, fondé sur un écosystème territorial intégré où PME, agriculteurs, institutions financières, centres de recherche et collectivités locales agissent de manière coordonnée.
En somme, l’étude du CREAD confirme que les PME agroalimentaires représentent un levier stratégique pour la diversification économique et le développement durable du centre de l’Algérie.
Encore faut-il lever les contraintes structurelles et repenser les politiques de soutien pour permettre à ce potentiel de s’exprimer pleinement.
A. R.







