Longtemps cantonnée à un rôle secondaire, l’agriculture saharienne s’impose aujourd’hui comme un pilier stratégique de la production agricole nationale. Une mutation profonde, analysée en détail dans l’étude de deux enseignants universitaires de Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, Sahali Noureddine et Sahnoune Mohand, intitulée « Le développement de l’agriculture au Sud (Sahara) face à la contrainte énergétique : cas de l’Algérie », qui met en lumière à la fois les performances réalisées et les fragilités structurelles persistantes.
Synthèse Rédaction agricole
Selon les auteurs, la montée en puissance de l’agriculture saharienne s’explique d’abord par l’essoufflement du modèle agricole traditionnel du Nord. «La production agricole au nord de l’Algérie n’arrive plus à satisfaire les besoins alimentaires de l’ensemble de la population, en raison de la croissance démographique et de l’exiguïté de la surface agricole utile», soulignent-ils.
Face à cette contrainte structurelle, les pouvoirs publics ont engagé, dès les années 2000, une politique volontariste de mise en valeur du Sud à travers le Plan national de développement agricole (PNDAR). Objectif affiché : renforcer la sécurité alimentaire tout en rationalisant l’utilisation des ressources naturelles.
Des résultats spectaculaires en quinze ans
L’étude met en évidence une évolution spectaculaire des superficies cultivées et des volumes produits. Entre 2000 et 2015, les surfaces agricoles sahariennes ont connu une progression rapide, notamment dans l’arboriculture, le maraîchage sous serre et la pomme de terre.
La wilaya de Biskra s’est imposée comme un pôle national de la plasticulture. «La wilaya de Biskra est devenue un pôle des productions maraîchères sous serre avec 54 % de la production nationale», notent les chercheurs.
Les rendements y dépassent souvent la moyenne nationale, notamment pour la tomate, avec près de 1 000 quintaux à l’hectare, contre 782 quintaux/ha au niveau national.
El Oued, capitale nationale de la pomme de terre
Autre exemple emblématique : El Oued, devenue en quelques années un acteur central de la filière pomme de terre. En 2015, cette wilaya a assuré près d’un quart de la production nationale, avec environ 11 millions de quintaux, soit l’équivalent de 91 % de la production nationale totale enregistrée en 2000.
Pour les auteurs, cette dynamique illustre une véritable transformation du système productif saharien, désormais orienté vers des filières stratégiques à forte valeur ajoutée.
Derrière ces performances, l’étude met toutefois en garde contre une contrainte majeure : l’énergie. «L’exploitation des ressources hydriques souterraines, unique source d’irrigation dans ces régions, nécessite une disponibilité en énergie pour le fonctionnement des pompes», rappellent Sahali et Sahnoune.
Faute de réseaux électriques étendus, de nombreux agriculteurs recourent encore au gasoil, une solution jugée coûteuse et peu durable. Même lorsque l’électricité est disponible, son prix élevé alourdit les charges d’exploitation et fragilise la rentabilité des fermes agricoles sahariennes.
Le solaire, une alternative stratégique sous-exploitée
Pour les auteurs, la solution passe inévitablement par les énergies renouvelables. « Le développement de l’énergie solaire au profit de l’activité agricole peut constituer une alternative ou un complément indéniable », écrivent-ils, rappelant que le Sahara algérien dispose d’un des plus importants gisements solaires au monde.
L’Algérie s’est ainsi dotée d’un programme national des énergies renouvelables visant une capacité de 22 000 MW à l’horizon 2030, dont une part significative destinée aux régions sahariennes. L’utilisation du photovoltaïque pour le pompage agricole apparaît comme une solution à la fois techniquement faisable et économiquement viable.
En conclusion, l’étude souligne que l’agriculture saharienne a déjà prouvé sa capacité à contribuer durablement à la sécurité alimentaire nationale. Toutefois, « le problème de l’énergie affecte sérieusement l’agriculture saharienne et pose avec acuité la question de la rentabilité des exploitations ».
Le développement du solaire agricole pourrait ainsi constituer le chaînon manquant entre performance productive et durabilité économique. À défaut, le risque est réel de voir s’essouffler une dynamique pourtant essentielle à l’avenir alimentaire du pays.
R. R.







