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Agriculture, eau et climat : Les enjeux de la sécurité alimentaire en Algérie

Agriculture, eau et climat : Les enjeux de la sécurité alimentaire en Algérie

Le changement climatique s’impose aujourd’hui comme l’un des défis majeurs pour la sécurité alimentaire en Algérie. Hausse des températures, raréfaction des précipitations, sécheresses récurrentes et désertification accélérée fragilisent profondément le système agricole national.

Synthèse Akrem R.

C’est le constat central dressé par l’économiste Mohammed est le constat NACEF, de l’Université Hassiba Benbouali de Chlef, dans une étude récente consacrée aux implications du changement climatique sur la sécurité alimentaire et aux stratégies d’adaptation envisagées.

Selon le chercheur, l’Algérie fait partie des pays particulièrement vulnérables aux dérèglements climatiques en raison de sa dépendance à l’agriculture pluviale et de la pression croissante sur les ressources naturelles, notamment l’eau.

Les évolutions climatiques observées ces dernières décennies ont déjà un impact tangible sur la production végétale, animale et halieutique, avec des ré- percussions directes sur les prix alimentaires et le pouvoir d’achat des ménages.

L’étude souligne que la hausse continue des températures et l’irrégularité des pluies perturbent les cycles agricoles traditionnels, réduisent les rendements et accentuent la dépendance aux importations, en particulier pour les céréales.

Les cultures pluviales, qui constituent une part importante de la production nationale, sont les plus exposées au stress hydrique et aux sécheresses prolongées.

Le secteur de l’élevage n’est pas épargné. La dégradation des parcours pastoraux, la raréfaction des ressources fourragères et la propagation de maladies animales liées au réchauffement climatique entraînent une hausse des coûts de production et, par conséquent, une flambée des prix des viandes.

Les ressources halieutiques, quant à elles, subissent les effets du réchauffement et de l’acidification des eaux marines, provoquant une baisse des captures et une augmentation persistante des prix du poisson.

Pour Mohammed NACEF, ces évolutions compromettent les trois piliers de la sécurité alimentaire : la disponibilité des aliments, leur accessibilité économique et la stabilité des approvisionnements.

La stratégie climatique nationale au cœur des solutions

Face à ces défis, l’auteur met en avant l’importance de la Stratégie nationale de lutte contre le changement climatique, engagée par l’Algérie en août 2024.

Cette stratégie, pilotée par le Comité national climat, vise à renforcer la résilience du pays à travers une approche intégrée et participative, impliquant plusieurs secteurs clés de l’économie.

Dans ce cadre, l’étude identifie plusieurs axes stratégiques jugés déterminants pour préserver la sécurité alimentaire nationale.

L’eau, levier central de l’adaptation

La gestion durable des ressources hydriques apparaît comme la priorité absolue. L’agriculture absorbant une part importante de l’eau mobilisée, le chercheur plaide pour la généralisation des techniques d’irrigation économes, la réutilisation des eaux usées traitées, le recours au dessalement à des fins agricoles et une meilleure gouvernance de l’eau afin de réduire les pertes et d’optimiser son utilisation. Mohammed NACEF appelle également à une réorientation des politiques agricoles vers des pratiques durables et adaptées aux nouvelles réalités climatiques.

Il recommande le développement de l’agriculture intelligente face au climat, l’introduction de variétés résistantes à la sécheresse et à la chaleur, ainsi que l’adaptation des calendriers agricoles aux changements observés.

L’étude insiste sur la nécessité de renforcer les chaînes de production, de stockage et de distribution afin de limiter les pertes post-récolte et le gaspillage alimentaire. La modernisation des infrastructures agricoles et logistiques est présentée comme un facteur clé pour améliorer la disponibilité des produits sur les marchés.

Par ailleurs, le soutien aux zones rurales et aux agriculteurs est jugé indispensable pour stabiliser la production locale. Formation, accès au financement, diffusion de l’innovation et amélioration des conditions de vie en milieu rural sont autant de leviers pour renforcer l’autosuffisance alimentaire. Enfin, l’auteur met en avant le rôle stratégique de la recherche scientifique et de l’innovation dans l’anticipation des risques climatiques.

Le développement de systèmes d’alerte précoce, l’investissement dans la recherche agronomique et le renforcement de la coopération avec les organisations internationales spécialisées sont considérés comme essentiels pour mobiliser des financements et des expertises en faveur d’une agriculture climato-résiliente.

En conclusion, l’étude de Mohammed NACEF souligne que le changement climatique constitue une menace structurelle pour la sécurité alimentaire en Algérie, mais aussi une opportunité pour repenser les politiques agricoles et environnementales. À travers une stratégie nationale cohérente, une gestion durable des ressources naturelles et un investissement accru dans l’innovation, l’Algérie peut renforcer sa souveraineté alimentaire et assurer la durabilité de son système agricole face aux défis climatiques à venir.

A. R.

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