C’est depuis le complexe industriel de Bethioua (Oran), qu’une page de l’histoire sidérurgique mondiale vient d’être écrite. Tosyali Algérie, filiale du groupe turc Tosyali Holding, a officiellement démarré la production commerciale de sa deuxième unité de réduction directe du fer (DRI), devenant ainsi la première installation au monde à lancer une production commerciale capable de fonctionner aussi bien au gaz naturel qu’à l’hydrogène pur — avec de simples modifications techniques. L’information a été confirmée par un communiqué de Tosyali Holding partagé sur sa page LinkedIn officielle.
Par K. Boukhalfa
En effet, la portée de l’annonce dépasse largement le cadre régional. Alors que plusieurs entreprises européennes avaient, à peu près à la même période, annoncé des projets de type « flexi DRI » — des unités de réduction directe compatibles avec l’hydrogène —, la plupart n’en sont encore qu’à la phase de planification ou d’investissement. Tosyali, elle, a bouclé l’investissement et est passée à la production.
«Notre deuxième usine de DRI en Algérie, grâce à sa technologie de pointe, est devenue la première au monde à démarrer une production commerciale capable de fonctionner à la fois au gaz naturel et, moyennant quelques modifications mineures, à 100 % à l’hydrogène», a déclaré Fuat Tosyalı, président du conseil d’administration du groupe, dans le communiqué.
L’unité, construite par Midrex et son partenaire Paul Wurth, affiche une capacité de production de 2,5 millions de tonnes par an de fer réduit direct, aussi bien en version chaude (HDRI) qu’en version froide (CDRI). Le HDRI est acheminé directement via un convoyeur à chaud vers un nouveau four électrique à arc (EAF) de 2,2 millions de tonnes par an dédié à la production de brames — ce qui optimise sensiblement la productivité et les économies d’énergie.
D’ailleurs, les résultats de l’exercice 2025 confirment l’ampleur de la performance : la deuxième unité de Tosyali Algérie a produit 2,43 millions de tonnes de DRI dès sa première année d’exploitation, établissant ainsi une nouvelle référence mondiale.
En parallèle, la première unité de réduction directe du complexe s’est classée troisième au rang mondial en matière de production annuelle de DRI en 2025.
Cumulées, les deux unités ont franchi la barre symbolique des 5 millions de tonnes, faisant de Tosyali Algérie le détenteur de la plus grande capacité de production de fer réduit direct dans le bassin méditerranéen, couvrant l’Europe et l’Afrique du Nord.
L’Algérie, pivot d’une stratégie verte globale
Au-delà des chiffres de production, c’est la dimension stratégique de l’investissement qui retient l’attention. Le complexe de Bethioua s’inscrit désormais pleinement dans la dynamique mondiale de décarbonation de l’industrie lourde.
La technologie déployée permet, sans modifications majeures de l’infrastructure, une transition vers un fonctionnement à 100 % à l’hydrogène — ce qui en fait une installation pérenne face aux futures réglementations climatiques, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne.
Cette orientation s’appuie sur un écosystème partenarial en construction. Sonatrach, Sonelgaz et la société américaine Hecate Energy travaillent conjointement à un projet intégré de production d’hydrogène vert destiné à alimenter la future troisième unité DRI de Tosyali, laquelle devrait fonctionner à 100 % à l’hydrogène vert.
Un protocole d’entente entre Tosyali et Sonatrach, signé en juillet 2024, prévoit la réalisation d’une étude de faisabilité pour la production d’hydrogène à partir d’énergies renouvelables sur le sol algérien.
Pour rappel, l’usine algérienne représente le plus grand investissement industriel de Tosyali Holding à l’étranger et le plus grand complexe industriel d’Algérie hors hydrocarbures.
Développé en quatre phases depuis 2013, le site de Bethioua couvre aujourd’hui 4 millions de mètres carrés avec un accès direct à la mer Méditerranée, intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur : du traitement du minerai de fer jusqu’au produit fini.
Cette intégration verticale confère au complexe des avantages compétitifs significatifs en termes de coûts et d’indépendance vis-à-vis des marchés d’approvisionnement internationaux.
Une ambition exportatrice affirmée
La trajectoire commerciale suit la même courbe ascendante : cette performance renforce la position de l’Algérie dans l’industrie sidérurgique mondiale, accompagnant sa transition d’importateur net vers le statut de producteur et d’exportateur majeur d’acier de haute qualité.
Le groupe vise un chiffre d’affaires de 3 milliards de dollars à l’horizon des prochaines années, avec une stratégie d’exportation clairement orientée vers le marché européen, où la demande en acier à faible empreinte carbone est en forte progression.
Avec cette double consécration — première mondiale technologique et record de production dès la première année d’exploitation —, le complexe sidérurgique d’Oran s’impose comme l’une des références mondiales de la sidérurgie verte.
Une réussite industrielle qui, au-delà de son opérateur, dit quelque chose de la capacité de l’Algérie à accueillir, faire émerger et pérenniser des investissements industriels de premier plan.
K. B.







